Parti Communiste des Ouvriers de France

Le projet de « prison de très haute sécurité » en Guyane : un relent de colonie pénitentiaire
23 mai 2025

Le ministre de la justice, Darmanin, a soulevé une profonde et unanime indignation en Guyane, en annonçant sans la moindre concertation, la création d’une prison où seront déportés et incarcérés des détenus dangereux liés au narcotrafic et des détenus djihadistes.

Cette annonce a été perçue comme une façon de renvoyer la Guyane au passé du terrible bagne qui n’a été fermé qu’en 1953 !

Parmi les réactions, notons celle du député Jean Victor Castor, du « mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale » qui a notamment déclaré « La Guyane a besoin de développement, de justice, de sécurité, des moyens, de respect, pas une punition déguisée en politique sécuritaire. Ce projet impose depuis Paris une vision archaïque, coloniale, autoritaire et déconnectée. Il bafoue notre dignité collective et renforce une fracture coloniale jamais refermée. J’exige le retrait pur et simple de ce projet inique. Et j’appelle à amplifier une mobilisation générale pour faire entendre la voix des Guyanais, pour exiger le respect, la reconnaissance, et notre droit à pouvoir décider pour nous. »

Devant le tollé, Darmanin a essayé de rétropédaler, en laissant entendre qu’il y aurait avant tout des prisonniers qualifiés de dangereux narco-trafiquants, issus des Antilles et de la Guyane, insistant sur le fait qu’il y avait beaucoup de délinquants dans ces territoires… Mais cela ne gommera pas l’affront de ce mépris de colonialiste qui n’a même pas informé les élus de la « collectivité territoriale de Guyane ».

Une situation carcérale très dégradée

La surpopulation carcérale qui règne dans la prison de Rémire Montjoly (134,7%, soit 1080 détenus pour 616 places) est supérieure à la moyenne nationale déjà très élevée (1). L’annonce de Darmanin et ses « explications complémentaires » ont été d’autant plus mal perçues qu’elles concernent en réalité le projet de construction d’une nouvelle prison qui avait été actée en 2017. Cette prison qui doit être construite près de Saint-Laurent-du-Moroni, est prévue pour « accueillir » 495 prisonniers. Alors que les personnels pénitentiaires dénoncent la surpopulation carcérale et réclament notamment un quartier pour mineurs, il y aura la construction d’un quartier de « haute sécurité » pour 60 « narcotrafiquants » et 15 « islamistes radicalisés ».

Si on compare les chiffres de détenus actuels (plus de 1000) au nombre de places (à Rémire et à St Laurent du Moroni), et si on y ajoute le nombre de prisonniers déportés (notamment les « terroristes »), on atteint déjà les limites de capacité.

Raison de plus d’exiger l’abandon du projet Darmanin !

Note

  1. Avec 81 599 détenus pour 62 363 places (chiffre officiel de février 2025), la densité globale est de 130,8%, tous établissements pénitentiaires confondus. Elle atteint 158,9% dans les maisons d’arrêt où sont incarcérés des personnes en attente de jugement et des détenus jugés et condamnés à de courtes peines. A titre d’exemple, la surpopulation est de 149 % au Camp Est, en Nouvelle Calédonie. Elle atteint 298,2% dans le centre pénitentiaire de Majicavo, à Mayotte.