Parti Communiste des Ouvriers de France

Le Salon de l’agriculture : reflet de la crise du monde agricole
10 mars 2026

Le 62e Salon international de l’agriculture vient de fermer ses portes. Il s’est tenu du 21 février au 1 er mars au Parc des expositions de la porte de Versailles à Paris, dans un contexte bien particulier, celui de la crise du monde agricole qui, ces dernières années, fait sortir de leur ferme les agriculteurs et les pousse à manifester. L’hiver 2025-2026 a été celui de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins… celui aussi de la signature de l’accord de libre-échange de l’UE avec les pays d’Amérique du Sud Mercosur. Des milliers d’éleveurs opposés à la gestion de la crise épizootique par le gouvernement et tout aussi opposés à l’accord Mercosur ont bloqué les routes pendant plusieurs semaines cet hiver. D’autres, dans le Sud-Ouest, maraîchers, arboriculteurs,… subissent aujourd’hui les dégâts des inondations. Crises sanitaires et crises environnementales se succèdent et se superposent, affectant gravement les conditions de travail et le revenu des agriculteurs.

C’est dans ce climat morose que la Confédération paysanne et la Coordination rurale, dont les militants étaient très présents sur les barrages, ont boycotté le petit déjeuner présidentiel qui accompagne habituellement l’ouverture officielle du salon et l’annonce, en plein salon, par la présidente de la Commission européenne, U. von der Leyen, de la mise en œuvre de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, alors qu’il n’a même pas encore été discuté au Parlement européen, ne fait que conforter les agriculteurs dans ce sentiment d’abandon et de mépris.

Autre conséquence de la DNC, les éleveurs bovins et leurs bêtes n’étaient pas présents au salon. Si la vache, «  star de la plus grande ferme de France », était absente des allées, ce n’est sûrement pas la seule raison qui explique la forte baisse du nombre de visiteurs (437 402 contre 607 000 en 2025).

De plus en plus d’agriculteurs, de familles, ne se reconnaissent plus dans cette vitrine qu’est le salon qui masque les différenciations de situation et d’intérêts qui ne font que se creuser. Les jeunes agriculteurs (JA) eux-mêmes commencent à prendre leur distance vis-à-vis de la politique défendue par les dirigeants de la FNSA, en particulier sur la course à l’agrandissement des exploitations et la promotion de la monoculture.

Quant au discours de la ministre de l’Agriculture qui ne jure que pas l’augmentation de la taille des exploitations et l’accroissement des rendements, à l’unisson du discours de la FNSEA, il ne répond pas aux préoccupations d’une majorité d’agriculteurs qui portent sur le revenu et sur la transmission des fermes.

Face aux 1735 exploitations en grande difficulté (chiffres de 2025), l’enveloppe des aides de l’Etat est passée de 6,7 millions à 1,3 million, soit une diminution de 80 % !

Cette réduction drastique des aides ne vise-t-elle pas, dans les faits, la mort de ces exploitations ? On peut se poser la question si on met ce fait en relation avec les propos tenus par la ministre sur la taille critique des fermes. Anne Genevard se demande si « les [fermes] françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, peuvent globalement tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises, ou même allemandes  ».

Ces propos ont réjoui les dirigeants de la FNSEA qui les ont trouvés « courageux » !

Cela n’empêche pas les dirigeants de ce syndicat de continuer à mettre la pression sur le gouvernement pour obtenir une loi d’urgence agricole à leur main, qui réponde à trois de leurs revendications majeures : accès à l’eau (donc la multiplication des bassines), lutte contre la prédation (levée de l’interdiction de l’abattage des loups), moyens de produire plus (usages de produits phytosanitaires).

La promesse de cette loi d’urgence avait été obtenue par la FNSEA, mi-janvier, lorsque le syndicat avait mobilisé 350 tracteurs devant l’Assemblée nationale.

Cela fait deux ans maintenant que plusieurs reculs ont eu lieu concernant le monde agricole et la préservation de l’environnement (terre, eau, biodiversité…)  : loi autorisant l’épandage de pesticides par drones, loi Duplomb qui vise à lever les « contraintes »  agricoles, avec sa tentative de réintroduire les néonicotinoïdes, simplification des enquêtes environnementales pour des extensions d’élevage ou la construction de retenues d’eau, etc.

Sans vouloir jouer le rôle d’oiseau de mauvais augure, on peut s’attendre à ce que cette loi d’urgence, qui doit être présentée en mars, aille dans le sens des intérêts des grands céréaliers, betteraviers et producteurs de pomme de terre, ceux qui défendent, avec le gouvernement, un modèle d’agriculture intensive et productiviste tournée vers l’export… nécessitant l’utilisation d’intrants chimiques à haute dose. ★


L’agriculture biologique absente du Salon

Cette année, les syndicats professionnels des chaînes de magasins Bio (Vie Claire, Biocop…) étaient absents du Salon de l’agriculture. Il faut dire que le prix du mètre carré pour un stand fait réfléchir : 230 euros bruts, 1 500 avec la logistique qui va avec (mobilier, eau électricité, assu rance, etc.). Le coût d’une participation au salon représente 30 % du budget de la filière ! Les produits agricoles biologiques ont été victimes dans les années 2022, 2023 de la désaffection des consommateurs, désaffection liée en grande partie à l’inflation et à la baisse du pouvoir d’achat des ménages. Cette chute de la consommation, qui s’est répercutée sur les agriculteurs bio, a conduit une partie d’entre eux à abandonner le bio pour revenir à une production agricole conventionnelle. 300 magasins bio ont été fermés. Aujourd’hui, et depuis 2024, on constate un mouvement de retour vers les produits biologiques. Les ventes ont augmenté de 7 % en 2024 et de 6,7 % en 2025. Ce retour risque, d’après les spécialistes du secteur, de causer des problèmes d’approvisionnement, notamment sur les œufs, le beurre et la viande. Il est évident que l’achat de produits alimentaires biologiques restera une variable d’ajustement dans les budgets des familles populaires car manger sain reste cher… d’autant que le développement et l’aide à cette filière n’intéressent pas le gouvernement. Preuve en est : l’Agence bio, groupement d’intérêt public en charge du développement, de la promotion et de la structuration de l’agriculture et de l’alimentation biologiques a vu son budget drastiquement réduit par le gouvernement. Elle a même failli être supprimée en 2025 ! « Productivité et compétitivité » ont été les maîtres mots de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, lors de l’inauguration du stand de son ministère au Salon. Le « grand réveil alimentaire » qu’elle appelle de ses vœux, à l’unisson de la FNSEA, à l’évidence ne passe pas par le développement de la filière agricole bio, jamais mentionnée.