Parti Communiste des Ouvriers de France

Le sommet de l’Otan en Turquie : Renforcement du « pilier européen »
07 juillet 2026

Le prochain sommet de l’Otan va se tenir les 7 et 8 juillet à Ankara. Erdogan, l’autocrate qui dirige d’une main de fer la Turquie, membre de l’Otan depuis 1952, veut en faire une tribune d’autopromotion. Pour essayer d’éviter toute manifestation contre ce 36 e sommet de l’organisation militaire, toujours dirigée par l’impérialisme US, toute manifestation est interdite depuis le 28 juin. Des centaines de militants ont été arrêtés, souvent brutalement, par les autorités turques, qui attendent un soutien plus affirmé de leurs alliés dans la lutte contre les « organisations terroristes », notamment kurdes.

Erdogan appelle les Etats membres de l’Otan à « renforcer leur unité », et à lever les restrictions en termes de livraisons d’armements qui visent encore la Turquie, ce qui ne l’empêche pas d’être un acteur majeur sur les marchés internationaux des armements. Il demande à participer davantage à la militarisation de l’Europe.

Tout faire pour afficher une unité de façade

Le secrétaire général de l’Otan, M.  Rutte, fera la promotion de l’intensification de la production d’armement, avec moult chiffres à l’appui, pour masquer au maximum les divergences entre Trump et les autres dirigeants. Trump reproche notamment aux dirigeants des Etas de l’UE de ne pas avoir soutenu suffisamment les USA dans leur guerre contre l’Iran, ce qui n’est pas, à ses yeux, contradictoire avec le fait de les mettre devant le fait accompli, en annonçant un accord avec l’Iran mettant temporairement un terme aux bombardements (voir article page 16).

Un des objectifs de Rutte, larbin de Trump, c’est de pousser les monopoles d’armement européens à produire rapidement et davantage des types d’armement immédiatement utilisables, une manière de réserver les armements de haute valeur technologique, et donc les plus chers, aux monopoles US. Pour cajoler les dirigeants des Etats européens, il va mettre en avant les 139 milliards supplémentaires qu’ils ont consacrés (Canada compris) à la «  défense  » et leurs engagements à parvenir aux 3,5 % du PIB d’ici 2035 (désormais la norme Otan).

Si les dirigeants européens sont prêts à toutes les flatteries pour essayer d’amener Trump à apporter un soutien à l’Ukraine, ils se sont déjà engagés à lui fournir 70  milliards d’aide militaire.

Chantage étasunien permanent

Avant ce sommet, les dirigeants de France, d’Allemagne, du Royaume-Uni, d’Italie et de Pologne (groupe E5) ont fait des déclarations sur le «  renforcement de la défense européenne » et leur soutien à l’Ukraine.

Ils veulent afficher leur volonté de renforcer le «  pilier européen de l’Otan  » pour anticiper le désengagement annoncé des forces militaires étasuniennes, en termes de matériels de combat et de soutien logistique, en Europe.

Macron se veut optimiste, soulignant l’importance du «  moment Evian  », lorsque Trump et les autres dirigeants du G-7 ont affiché une certaine « unité dans le soutien à l’effort de guerre de l’Ukraine et dans les pressions sur la Russie, pour qu’elle s’engage dans des discussions de paix… ». Efforts que les dirigeants européens se disent décidés à honorer, y compris sans les USA et qui ne les empêchent pas, bien au contraire, de multiplier les provocations contre la Russie, avec leurs déclarations sur une guerre inéluctable dès 2030 et leur propagande sur les succès militaires ukrainiens dans leurs attaques du territoire russe.

Derrière cette unité belliqueuse sans cesse affirmée, il y a une lutte sans merci pour la direction de la «  défense européenne  ». La démission de Keir Starmer (Royaume-Uni), dont le successeur travailliste n’a pas confirmé les dernières annonces d’augmentations du budget en faveur de l’armée, renforce la position de Merz au sein du E5. Avec un budget de guerre dépassant celui de ses alliés, y compris de l’impérialisme français, le dirigeant de l’impérialisme allemand entend jouer le premier rôle dans la politique de défense européenne (1). Et discuter en direct avec Trump, pour « faire le bilan » de ce sommet.

L’impérialisme US défend, par-dessus tout, ses intérêts. Il ne veut pas abandonner la direction de l’alliance militaire la plus puissante et la plus belliciste au monde, mais il impose à ses « alliés » d’accroître leurs moyens militaires. Moyens qui pourront aussi être utilisés contre la Russie, quand l’impérialisme US jugera cela nécessaire. ★


1. Voir l’article sur le salon Eurosatory, la findu projet d’avion de combat et les ambitions de KNDS.