L’école, cible de la militarisation 12 février 2026
Malgré l’échec du SNU, de nombreux dispositifs (sans doute une centaine) continuent de perdurer au sein de l’Education nationale afin de promouvoir, parmi la jeunesse, « l’esprit de défense ». Ils trouvent même une seconde vigueur avec la mise en place, dès l’été 2026, du service militaire volontaire. Ce dernier, considéré comme une année de césure dans les études, est même mis en avant comme élément de valorisation dans Parcoursup et dans le parcours académique.
Un nouveau guide de l’Education nationale a été diffusé en novembre 2025 dans tous les établissements. Intitulé « Acculturer les jeunes à la défense », le guide invite les personnels de l’Éducation nationale à se saisir des stages de « découverte professionnelle » des classes de troisième et seconde, ainsi que les périodes de formation des classes de Bac professionnel et de CAP, afin de favoriser le contact des élèves avec des militaires « et plus largement des corps en uniforme ». Dans un contexte international et géopolitique extrêmement tendu et anxiogène, l’Education nationale cherche à conditionner les élèves en leur servant un narratif guerrier. Le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, avait lui-même annoncé que la République doit « accepter de perdre ses enfants » à la guerre. Dans cette optique, l’armée est chargée d’inculquer un esprit de défense chez les jeunes à travers des partenariats entre le ministère des Armées et celui de l’Education nationale qui se multiplient.
Voici un « pot-pourri » des pires initiatives. En Côte-d’Or, des collégiens en uniformes de gendarmes (casques, matraques, boucliers) ont participé à une simulation de manifestation violente pour apprendre à réprimer des militants. A Fontenay-sousBois (Val-de-Marne), des lycéens se sont glissés dans la peau de matons, ont fouillé des cellules et simulé des heurts avec les détenus. Cet atelier, proposé par des gardiens de la prison de Fresnes, a totalement dégénéré et plusieurs adolescents ont été blessés. Dans le Haut-Rhin, les militaires du 152 e régiment d’infanterie ont improvisé un stand de tir pendant la kermesse d’un collège.
Dans la même veine, la nouvelle Journée « défense et citoyenneté » (JDC, bientôt rebaptisée « journée de mobilisation ») est généralisée depuis la rentrée scolaire 2025. Cette journée de promotion des métiers de la Défense auprès des jeunes est ce qui remplace le service militaire depuis sa suspension en 1997.
Au programme désormais : une cérémonie des couleurs et la Marseillaise pour ouvrir la journée, un atelier de tir au laser et un repas sous forme de ration de combat, suivi d’un solennel « Au revoir républicain » avec remise du bleuet de France.
Un dispositif est aussi en pleine expansion, il s’agit des « classes de défense et de sécurité globale » (CDSG) qui existent depuis
2005. Selon les chiffres du ministère de l’Education nationale, on dénombre environ 1 200 classes défense pour l’année scolaire 2025-2026, impliquant 32 000 élèves sur les 5,6 millions dans le second degré. La dynamique est malheureusement à la hausse :
en 2016, seuls 3 700 élèves étaient concentrés dans quelque 160 CDSG. Ce dispositif implique la visite de militaires en classe pour des interventions ou bien la visite de lieux mémoriels.
Jusque-là réservé au second degré, les classes défenses cherchent désormais à essaimer dans les écoles primaires. Ainsi, une école de Libourne en Gironde a signé un partenariat avec la marine nationale.
Cette entreprise d’endoctrinement de la jeunesse cherche à pousser toujours plus d’élèves, dès le plus jeune âge, à les conditionner à la « défense de la patrie » et inciter à rejoindre l’armée. On est loin d’une école qui cherche à diffuser un savoir critique et à émanciper les individus pour former les citoyens de demain !
Ces initiatives suscitent bien entendu l’opposition des syndicats d’enseignants mais aussi de certains parents d’élèves car le dispositif des classes de défense est parfois imposé aux élèves.
Si ce dispositif connaît un certain succès, c’est parce qu’il est promu par la hiérarchie. En effet, il offre à certains établissements, en grande pénurie de moyens, une « bouffée d’oxygène » en termes financiers. Ce n’est pas un hasard si les établissements en éducation prioritaire, avec un public constitué en grande majorité de jeunes issus des quartiers populaires, sont la principale cible de ces dispositifs. Ainsi, l’argent de l’armée sert à boucler des budgets d’établissements scolaires dans un contexte de pénurie généralisée. ★
