L’enseignement professionnel, ses personnels et ses élèves, toujours méprisés 12 novembre 2025
Le 14 octobre, les enseignants de lycée professionnel étaient appelés une nouvelle fois à la grève pour dénoncer le démantèlement de la voie professionnelle.
Depuis 2009, les lycées professionnels subissent une attaque incessante, à coups de contre-réformes.
La dernière en date, avec la mise en place d’un parcours « différencié » de 6 semaines en terminale Bac pro (une partie des élèves en stage et une autre en préparation de poursuite d’étude) s’est avérée un fiasco incontestable avec des élèves moins bien préparés aux examens, la désorganisation des établissements et un absentéisme catastrophique (voir LF de juillet-août). Devant cet échec indéniable, le ministère a réduit ce parcours à 4 semaines mais persiste dans le maintien de ce dispositif.
Il faut rappeler aussi que, depuis huit ans, ce sont 8 ministres de l’Education nationale qui se sont succédé. Auxquels il faut rajouter deux délégués puis un haut-commissaire à l’enseignement professionnel relevant du ministère du Travail.
Toutes les réformes conduites se sont empilées sans jamais être évaluées, et toujours en prétextant viser l’excellence des LP… Pour la première fois, une « mission flash parlementaire » a tenté de faire le bilan de ces réformes et le rapport paru le 9 juillet dernier est extrêmement sévère. Le rapport a mis en exergue la diminution continue des heures d’enseignement, par les réformes successives, passant de 2 900 heures en 2009 à 2 350 aujourd’hui (Bac pro 3 ans et réformes Macron), et son corollaire, une dévalorisation du diplôme et la baisse des qualifications.
Comme le disent les rapporteurs, la voie professionnelle est toujours et plus que jamais une voie de relégation, accueillant les jeunes des classes populaires :
70 % des élèves en formation professionnelle en lycée ont des parents employés, ouvriers ou inactifs Sur-représentation des jeunes issus de l’immigration Ainsi que des élèves en situation de handicap (5 fois plus nombreux en LP qu’en lycée général et technologique) !
Comme il est dit dans le rapport :
« Un tel constat nourrit l’idée d’une assignation sociale et ethnique. » Les réformes se sont succédé au mépris de toute visée émancipatrice des élèves, et avec des objectifs uniquement économiques et utilitaristes.
Ces constats ne font que confirmer ce que vivent les enseignants et les élèves de la voie professionnelle.
Les dernières réformes sont particulièrement étrillées dans le rapport ; ainsi, la mise en place de « familles de métiers » est qualifié de dispositif contre-productif, avec une perte de visibilité et de savoirs pour les disciplines. Quant au parcours en « Y » de la terminale, il est qualifié de « vecteur de chaos » (par exemple, des taux d’absentéisme allant jusqu’à 65 %). Le rapport évoque aussi le stress subi par les personnels lié aux réformes permanentes et qualifie la dernière réforme d’ « échec patent ».
Enfin, le rapport s’inquiète de l’inflation des stages en entreprise et de leur manque d’encadrement. A ce sujet, il faut rappeler que des mesures de protection des mineurs ont été supprimées par la loi « Liberté de Choisir son Avenir Professionnel » du 5 septembre 2018. Des accidents graves, dont plusieurs mortels ces derniers mois, ont mis en évidence que l’entreprise est un lieu dangereux pour les jeunes.
Tout cela ne fait que confirmer ce que les organisations syndicales n’ont cessé de mettre en évidence depuis des années avec, comme seule réponse, le mépris et de nouvelles réformes toujours plus destructrices.
Ce rapport est resté invisibilisé au niveau médiatique, comme il est courant lorsqu’on évoque la situation des lycées professionnels. Ainsi, malgré le constat et les recommandations des parlementaires, le ministère maintient son « parcours en Y » en terminale. La grève du 14 octobre elle-même a eu très peu de visibilité.
Même si elle a eu un caractère surtout symbolique, en raison du calendrier de mobilisations, et surtout de l’épuisement des personnels, il n’empêche que le sentiment de perte de sens du métier, l’exaspération et la colère sont toujours là. ★
L’Education en système capitaliste
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