Les AESH toujours en lutte ! 07 juillet 2026
Depuis des années, les AESH sont en lutte pour un statut et un salaire qui leur permette de vivre dignement. Cette lutte est devenue emblématique d’une profession féminisée à plus de 94 % et un véritable enjeu politique.
Elles sont plus de 140 000, ce qui constitue le deuxième métier de l’Education nationale. Elles exercent un métier difficile et exigeant, reconnu d’utilité publique, et cela dans des conditions de salaire indécentes avec moins de 1 000 euros par mois pour la grande majorité d’entre elles qui sont employées avec des temps partiels à 62 %, situation aggravée par l’annualisation.
Suite aux mobilisations et à leur détermination, elles ont su se faire entendre dans la sphère médiatique et politique ; le ministère a enfin entrouvert la porte des négociations.
Un premier groupe de travail s’est tenu le 21 mai. Mais les propositions présentées par le ministère sont apparues inacceptables, avec la nécessité d’une riposte immédiate et un appel intersyndical large à la grève le 9 juin.
Ces propositions s’appuient sur un rapport de l’Inspection effectué déjà depuis quelques temps mais rendu public seulement au moment du groupe de travail. Les préconisations de ce rapport visent tout simplement à vider le métier d’AESH de son essence, en créant 3 métiers différents :
- « conseiller principal d’accessibilité » : un nouvel emploi qui constituerait à superviser « l’accessibilité des élèves » à l’échelon d’une circonscription dans le premier degré, ou d’un établissement scolaire, ce qui créerait un échelon supplémentaire dans la hiérarchie ;
- « assistant d’accessibilité » recruté à Bac + 2 parmi les AESH (sur quels critères ?) qui assurerait une mission d’appui aux enseignants avec adaptation pédagogique, ajustement… Le rapport préconise la présence de ces « assistants » un jour par semaine pour 4 classes dans le premier degré. Il s’agirait de 10 à 20 % des AESH ;
- enfin, les AESH restantes qui seraient dévolues aux élèves avec handicap lourd (moteur, sensoriel, cognitif) pour les missions en lien avec la « vie quotidienne » : manipulation de fauteuil, change, etc. et resteraient bien sûr contractuelles.
Ces propositions s’appuient sur des arguments offensants qui dénigrent le travail des AESH. Celles-ci sont accusées dans le rapport de l’inspection de « faire écran », de nuire à l’autonomie des élèves, et même de faire obstacle aux apprentissages. La présentation de leur travail actuel relève de la caricature, ne reflète pas le travail réel et le savoir-faire des AESH qui évaluent au quotidien les situations parfois complexes et ajustent en conséquence leur accompagnement et guidance avec différentes modalités, pour faire progresser l’élève et lui faire gagner en autonomie. A noter que ce rapport a été rédigé sans consultation des organisations syndicales.
Le rapport préconise tout de même de diminuer les effectifs dans les classes, en s’appuyant sur les effets de la baisse démographique. Sauf que ce n’est pas du tout la voie suivie par le ministère puisque les vagues de suppressions de postes et de classes se poursuivent !
Enfin, parallèlement, le ministère poursuit sa transformation organisationnelle en renforçant la mutualisation via les PAS (Pôles d’accès à la scolarisation) qui se substituent aux PIAL (Pôles d’inclusion d’initiative locale). Bien que l’Assemblée nationale ait exprimé un veto à la généralisation des PAS, le ministère passe outre sous couvert d’expérimentation… Ces dispositifs renforcent la flexibilité des AESH : ainsi une AESH n’est plus affectée à un établissement ou une école mais à un PIAL (ou un PAS encore plus large) qui regroupe plusieurs établissements du second degré et au moins une dizaine d’écoles. Au gré des besoins, l’AESH peut être ainsi déplacée. La mutualisation se fait au détriment de la qualité de l’accompagnement.
Les propositions issues du rapport ont suscité une vague de colère et d’indignation. Trier les AESH, nier leur travail, leur professionnalisme !
La colère est d’autant plus profonde que les conditions de travail n’ont cessé de se dégrader, les AESH devant accompagner toujours plus d’élèves, avec des profils de plus en plus compliqués et que la grille salariale, déjà indigente, est écrasée, que le prix de l’essence (en particulier en ruralité) pèse encore plus sur les salaires déjà dérisoires.
La grève du 9 juin a été fortement médiatisée. AG, manifestations, rassemblements ont été l’occasion pour les AESH de se faire entendre, soutenues aussi parfois par des enseignants et les familles. La lutte se poursuivra à la rentrée. La solidarité doit être de mise. Halte au mépris !
Le statut c’est un dû ! ★
