Parti Communiste des Ouvriers de France

Les Assises de la CGT « Made in France » à l’épreuve de la réalité du système
09 avril 2026

« Ce projet avait tout pour être accepté » a déclaré Séverine Dejoux, ancienne élue CGT de l’entreprise Vencorex et porteuse du projet de reprise nommé Exalia. La veille, le 25  mars, le tribunal de commerce de Lyon venait de le rejeter. Il avait pourtant été construit par la CGT en commun avec l’industriel local Olivier Six, PDG de la chaudronnerie CIC Orio, aspirant à «  créer une plateforme d’innovation chimique  »  ; il était également appuyé par un plan de financement de 80 millions d’euros soutenu par l’État, les collectivités locales, la Banque publique d’investissement (BPI), la Caisse des dépôts et consignations… et, cerise sur le gâteau, 120  emplois annoncés pour 2027 et plusieurs centaines d’autres espérés à moyen terme.

Nous sommes le 26  mars, la Confédération CGT tient ses Assises du «  Made in France  » à Pont-de-Claix (38), à quelques encablures du site de Vencorex. Avec S. Binet, des militants CGT de différentes structures locales, départementales et de différentes fédérations industrielles ont fait le déplacement. Les élus locaux étaient aussi là. Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, un représentant de la Banque publique d’investissement (BPI) étaient aussi présents. Le Medef, bien que convié, ne s’était pas déplacé. Au centre de ces Assises, Exalia, le projet de reprise de Vencorex, modèle de la démarche CGT en matière de réindustrialisation.

Sous de tels auspices et avec cette validation attendue, ces Assises allaient confirmer la stratégie de la CGT en matière de «  réindustrialisation  ». Stratégie qui consiste à démarcher des patrons, des banques, avec l’appui de l’État, des collectivités locales… et les convaincre d’investir dans ces entreprises qui viennent de jeter l’éponge et leurs travailleurs avec, parce que n’arrivant pas à maintenir leurs profits face à la concurrence capitaliste, qu’elle soit nationale, européenne ou asiatique… Bref, arriver en quelque sorte à convaincre qu’il est possible de «  dépasser  » les lois du système en embarquant dans l’opération les travailleurs-euses avec leurs maigres indemnités de licenciement, et surtout en faisant appel à leur bienveillance alors que les effectifs embauchés sont rabougris, les salaires faibles, et le rythme des cadences soutenu… puisque l’entreprise est à nouveau sur pied et que certains ont un emploi !

Retour deux ans en arrière

L’entreprise Vencorex, sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix, était détenue par le groupe pétrochimique thaïlandais PTT GC. Elle produisait du chlore, de la soude, de l’hydrogène et des isocyanates (utilisés dans les peintures et vernis pour l’automobile, la construction ou l’électronique). Le 10  septembre 2025, l’entreprise est placée en redressement judiciaire.

Pendant plus de deux mois, les travailleurs, dans l’unité syndicale, ont fait grève contre cette liquidation annoncée et ont obligé, le 24  décembre 2024, la direction à signer un protocole d’accord avec les syndicats comprenant de nombreuses garanties, en particulier l’octroi d’une indemnité (supra-légale) de 40  000  euros et le maintien des salaires pendant 12 mois.

Le 10 avril 2025, le projet de la SCIC (1), porté par ceux qui soutiendront le futur projet Exalia, avait été retoqué par le tribunal de commerce de Lyon. Il avait accordé la reprise d’un atelier au principal concurrent chinois de Vencorex, Wanhua –  responsable d’une « concurrence déloyale et un véritable dumping » vis-à-vis de Vencorex dira S. Binet (2) –, avec à la clé le licenciement de 400 salariés.

Outre les brevets, Wanhua obtenait un accord de principe pour le rachat de deux sociétés de Vencorex, l’une en Thaïlande et l’autre aux EtatsUnis.

Un an plus tard, le 25  mars 2026, le tribunal de commerce refusait de valider le nouveau projet Exalia. Il attribuait une partie des terrains du site à Suez et laissait toute l’installation à un ferrailleur pour le démanteler pour la somme de 1,6 million d’euros.

A l’issue de ces Assises, S. Binet fera quand même applaudir le ministre de l’Industrie Sébastien Martin, lui qui « ne tourne pas le dos dès qu’il voit un gilet rouge comme d’autres ministres  » dira-t-elle, scellant de fait les termes de cette stratégie CGT « made in France » avec l’État et les patrons, alors qu’elle ne fait rien avancer tant en ce qui concerne les intérêts matériels des travailleurs que de la nécessaire prise de conscience d’en finir avec ce système.

Mais, quoi qu’il en soit, ces Assises n’ont convaincu que celles et ceux qui l’étaient déjà, et objectivement elles ont donné raison aux travailleurs et travailleuses de Vencorex qui, pendant deux mois, s’en attendre la validation d’une hypothétique SCIC ou de ce qui allait en être la copie, se sont battus pour arracher des indemnités les plus conséquentes possibles.

Ce sont les oubliés de ces Assises ! ★


1. Statut à l’image d’une SCOOP, Société coopérative d’intérêt collectif, qui permet d’engager différentes parties prenantes autour d’un projet économique donné.

2.   Il en est ainsi, entre autres, de la concurrence chinoise pour toutes les productions à fort taux de profit  : automobile, batteries, équipements industriels, chimie… « avec des écarts de coûts moyens estimés de l’ordre de 30 % à 40 %, à qualité comparable ». Rapport de février 2026 du Haut-commissariat à la stratégie et au plan cité par le mensuel La Vie Ouvrière – Ensemble de mars 2026.