Parti Communiste des Ouvriers de France

Les discussions à l’Assemblée nationale
12 novembre 2025

Pour justifier la non-censure du gouvernement Lecornu 2, le PS met en avant ses soi-disant « victoires » parlementaires : la « suspension » de la réforme des retraites jusqu’au 1 er janvier 2028 et quelques mesures fiscales pour faire payer – un peu – les plus riches. Ce sont des victoires toutes relatives, par leur portée réelle, mais également parce que rien n’est réellement acquis. Ce qui est voté à l’Assemblée nationale peut ensuite être défait au Sénat et tous les mécanismes existent pour faire passer dans les budgets les exigences de l’oligarchie.
###La réforme des retraites n’est que provisoirement suspendue
Le 14 octobre, Lecornu a déclaré :

« aucun relèvement de l’âge n’interviendra à partir de maintenant jusqu’à janvier 2028 ».

En clair, cela signifie que l’application de la réforme, c’est-à-dire le recul par étapes jusqu’à 64 ans de l’âge de départ à la retraite, serait suspendu durant cette période. Concrètement, cela concernerait les personnes nées entre 1963 et 1965. Le nombre de trimestres requis – qui aurait dû être de 172 fin 2027 – est gelé à 170 (42 ans et 6 mois) pendant cette période.

Il s’agit d’une pause dans l’application de la réforme et non de son abrogation.

C’est E. Borne, le bon soldat macroniste qui avait fait passer la réforme à coup de 49.3, qui avait, elle-même, lancé, début octobre, l’idée de cette «  suspension  ». C’était la condition pour que le PS ne vote pas la censure immédiate du gouvernement Lecornu

Le gouvernement l’a inscrite dans le PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale). En commission, cette suspension a été approuvée par 22 voix (dont celle du PS et du RN), contre 12 (celles des LR et de Horizon), mais, au moment où nous écrivons cet article, le vote en séance plénière n’est pas encore intervenu.

Macron avait fait de la réforme des retraites LA grande réforme de sa présidence. Depuis la Slovénie, il a réagi en précisant bien que « ce n’est ni une abrogation, ni une suspension  » , mais le simple «  décalage d’une échéance ».

La couleuvre n’en reste pas moins dure à encaisser pour une partie des députés macronistes.

Mais cette annonce était le prix politique à payer pour éviter l’instabilité gouvernementale et la contestation dans la rue, dont l’oligarchie ne veut pas. Le spectre des agences de notation qui allaient sanctionner la France et celui du décrochage économique ont été agités. Le Medef, dont le président dénonçait «  un spectacle politique qui nous désole », en a appelé à la « responsabilité de la part de tous les acteurs politiques », et les macronistes et leur mentor ont dû s’incliner. Ils restent divisés, mais Lecornu a fait le job pour les convaincre de voter la suspension ou, a minima, de s’abstenir lors du vote.

En congrès régional CFDT, Maryse Léon, sa secrétaire générale, a déclaré le 6 novembre à Cherbourg, que le vote de cette suspension serait une « grande victoire » à mettre à l’actif des mobilisations de 2023  :

«  C›est une grande victoire syndicale car on s’est mobilisé en 2023, on n’a pas lâché  » . Il est vrai que pour toutes celles et ceux qui se sont mobilisé.e.s en 2023, les deux ans supplémentaires, c’est toujours NON. Ce rejet s’est encore exprimé très fortement dans les mobilisations des 10, 18 septembre et 2 octobre 2025. Le gouvernement qui ne veut pas qu’il s’exprime dans la rue et par la grève a dû en tenir compte.

Mais la réforme n’est pas abrogée et les objectifs qui sous-tendent toutes celles qui se sont succédé depuis 1993 ne sont pas abandonnés : faire travailler plus et faire baisser drastiquement le niveau des pensions.

C’est la ligne directrice des réformes conduites par la droite (1993, 2003, 2008), mais aussi par le PS (2013) ou par les macronistes (2020 et 2023).

Celle de 2020 (sous le gouvernement E.  Philippe) visait à mettre un système de retraite à points. Elle avait été imposée à l’Assemblée nationale par un 49.3, mais la poursuite de son examen au Sénat avait été suspendue en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19. Cette réforme, que Macron et Philippe voulaient mettre en place, avait obtenu le soutien de la CFDT qui vient de rappeler qu’elle milite toujours pour ce système « à points » qui laisserait prétendument à chacun le « choix » de partir quand il le veut et qui permettrait soidisant la « pérennité du système par répartition » … en permettant des milliards d’économies sur le dos des retraité.e.s !

La pause provisoire dans l’application de la réforme de 2023 est l’occasion de remettre sur la table cette option de la retraite à points. Elle pourrait s’inviter dans la « conférence sur les retraites et le travail » que Lecornu veut relancer. Il pourra peut-être ainsi parvenir à neutraliser l’opposition parlementaire et à casser le front syndical, mais il n’effacera pas l’opposition ouvrière et populaire massive, le refus de travailler plus pour des pensions minorées, quels que soient les mécanismes mis en œuvre pour atteindre cet objectif qui fait partie des exigences de l’oligarchie. ★


Réformes après réformes

  • 1993 (Balladur) : passage aux 40 ans de cotisation (au lieu de 37,5) et aux 25 meilleures années (au lieu de 10) pour le calcul des pensions. Désindexation des pensions sur les salaires.
  • 1995 (Juppé) : le mouvement social met en échec la réforme des régimes de retraite des fonctionnaires et les régimes spéciaux des salariés des entreprises publiques (SNCF, RATP, EDF-GDF…).
  • 2003 (Raffarin)  : Alignement progressif du régime des fonctionnaires sur le régime général. Mise en place d’un système de décote / surcote. Encouragement à la retraite par capitalisation (plan d’épargne retraite populaire et plan d’épargne pour la retraite collectif).
  • 2008 (Fillon) : allongement progressif de la durée de cotisation à 41 ans. Réforme des régimes spéciaux.
  • 2013-2014 (Ayrault) : abandon de la retraite à 60 ans. Passage à 62 ans de l’âge légal de départ et à 67 ans de l’âge d’obtention automatique de la retraite à taux plein. Nouvelle augmentation du nombre de trimestres nécessaires. La durée d’assurance nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein est relevée d’un trimestre tous les trois ans pour atteindre 172 trimestres (43 ans) en 2035.
  • 2020 (Macron-Philippe) : tentative de mise en place un système de retraite à points.
  • 2023 (Macron-Borne) : deux ans de plus !