L’Etat au service du Capital 10 octobre 2025
L’énormité des « efforts » attendus et l’affirmation d’entrée qu’il ne saurait être question de toucher aux riches et de remettre en cause la « politique de l’offre », ont cristallisé un rejet ouvrier et populaire massif, avec une prise de conscience du rôle de l’Etat au service des patrons, des riches, et des marchands de canons.
Les projets de loi de finances soumis chaque année au Parlement sont un acte politique qui fixe le niveau des prélèvements et l’utilisation des ressources. La « politique de l’offre », sacralisée par Macon, part du principe que les impôts et les cotisations sociales sont des « charges » qui nuisent à la compétitivité des entreprises et favorisent les délocalisations. La bonne santé des entreprises (comprenons un haut niveau de profit !) « ruissellerait » en revanche sur toute la société. La politique de l’offre se traduit par des allégements fiscaux et sociaux pour les entreprises, un régime fiscal favorable aux riches et aux ultrariches, des ponctions de plus en plus fortes sur les travailleurs et les masses populaires, qui vont de pair avec une multiplication des « aides » distribuées aux entreprises, tout particulièrement aux grands groupes, de manière opaque, sans chiffrage global ni évaluation, notamment en termes d’emplois créés.
L’annonce d’une austérité XXL, qui reste le cap pour Lecornu, le mépris affiché par Macron et ses ex-ministres envers ceux qui n’en peuvent plus de cette dégradation permanente de leurs conditions de vie, de travail, d’études, font ressortir les choix de classes qui sont traduits en orientations et en mesures dans le budget.
Leur dureté envers les pauvres, leur générosité avec les grands groupes monopolistes, la servilité envers les riches, font grandir la conscience du rôle et de la nature de l’Etat qui apparaît de plus en plus ouvertement pour ce qu’il est : un instrument au service de la classe dominante.
Cette conscience est alimentée par le fait que ce sont les budgets sociaux qui sont systématiquement rabotés tandis que les budgets de la défense et de la sécurité augmentent de plus de 4 milliards ; dans les manifs, de nombreuses pancartes le dénoncent de façon concrète selon les secteurs.
Cette prise de conscience ouvre sur une contestation plus générale d’un système broyeur de vie. ★
- Jusqu’en 1985, le taux de l’impôt sur les bénéfices des sociétés était de 50 %. Ce taux a été régulièrement abaissé pour n’être plus que de 25 % depuis le 1 er janvier 2022.
- En 2017, l’ISF a été remplacée par l’impôt sur la fortune immobilière, ce qui a encore réduit son assiette. Les riches et les ultra riches bénéficient par ailleurs de multiples opportunités « d’optimisation fiscale ».
- Au nom de l’allégement du « coût du travail », les employeurs paient de moins en moins de cotisations sociales. Depuis le « pacte de responsabilité et de solidarité » de 2015, le dispositif « zéro cotisation URSSAF » permet une exonération totale pour tous les salaires au niveau du SMIC. La tendance est également à la baisse pour toutes les tranches de salaires.
Le montant des aides aux entreprises et des cadeaux fiscaux aux plus riches a été évalué à 270 milliards d’euros par une enquête de deux journalistes de l’ Obs ( Le Grand détournement* de M. Aron et C. Michel-Aguirre) qui est venue corroborer les travaux d’une commission sénatoriale qui avait avancé le chiffre de 211 milliards.
- L’instauration de la CSG concrétise un transfert vers l’impôt des cotisations sociales versées par les employeurs (qui sont un salaire « socialisé », part indirecte de la rémunération de la force de travail).
- La TVA, qui est la principale recette fiscale, est un impôt sur la consommation, particulièrement injuste puisque que tout le monde le paie quel que soit son niveau de revenu. Il est quasi indolore pour les riches, mais particulièrement lourd pour les plus pauvres.
- Les impôts locaux explosent pour compenser la réduction des dotations de l’Etat aux collectivités locales, tout comme les tarifs des mutuelles qui compensent les désengagements de l’assurance maladie.
- Les services publics et sociaux, l’accès aux soins, à l’éducation, au logement, à la culture, au sport…, ne cessent de se dégrader pour les usagers populaires.
