Parti Communiste des Ouvriers de France

L’extrême droite s’attaque aux médias publics
10 octobre 2025

Le 5 septembre, le trimestriel d’extrême droite L’Incorrect publie des vidéos volées montrant Thomas Legrand, éditorialiste à France Inter et à Libération, dans un café parisien, en pleine conversation avec deux responsables socialistes ainsi qu’avec son confrère Patrick Cohen, chroniqueur qui intervient également sur France Inter et à France 5, dans l’émission « C à vous ».

Au menu de leurs échanges : la stratégie du Parti socialiste (PS) pour l’élection présidentielle et la campagne pour le prochain scrutin municipal à Paris, auquel la ministre de la culture, Rachida Dati, se présente.

CNews, Europe 1 et « Le JDD », médias contrôlés par Bolloré, s’emparent immédiatement de « l’affaire », accusant la radio publique de connivence avec la gauche, à la suite des propos du chroniqueur Thomas Legrand sur Rachida Dati, la vidéo étant brandie comme une preuve d’une collusion entre journalistes du service public et responsables politiques de « gauche ».

Quelques jours plus tard, c’est au tour de Sébastien Lignier, chef du service politique à Valeurs actuelles , le magazine politico-économique d’extrême droite dont l’un des propriétaires est Pierre-Edouard Sterin, de s’exprimer sur CNews sur l’affaire Legrand :

« Il faut rappeler que le service public, ce sont les Français qui le possèdent, ce sont les Français qui paient et c’est aux Français de décider de son avenir.

» Avant de conclure :

« Si les Français ont décidé qu’il fallait le supprimer, il faut qu’on le supprime. » Il répondait ainsi aux déclarations de Vincent Meslet, directeur éditorial de France Inter qui, dans une interview au Parisien , avait qualifié CNews et Europe 1 de « nos pires adversaires » , assurant  : «  Ils n’ont pas manqué de créer immédiatement et de toutes pièces un récit autour de cette affaire pour mieux nous attaquer ».

« La guerre contre l’audiovisuel public est déclarée »

C’est en ces termes que Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, a dénoncé les attaques de CNews dans une interview au Monde , le 18 septembre. Et de rajouter : « Il faut admettre que CNews est un média d’opinion. Qu’ils assument d’être une chaîne d’extrême droite ! » Elle oublie simplement de dire qu’elle s’était prononcée en faveur du projet de loi Lafon qui prévoit un nouveau plan de démantèlement de France Télévisions avec la mise en place d’une holding « France Médias » pour chapeauter France Télévisions, Radio France et l’Institut national de l’audiovisuel. Avec pour conséquence des suppressions d’emplois en cascade dans toutes les chaînes et radios et une mise au pas éditoriale qui a déjà commencé à France Inter, France Info, France 3… Alors même que France Télévisions est déjà dans « une situation financière critique  » selon le rapport de la Cour des comptes du fait d’une diminution du niveau des concours publics de 1 % entre 2015 et 2025, en dépit d’une inflation de plus de 20  %, et de la suppression des recettes publicitaires, le budget de méga austérité en préparation ne fera qu’aggraver le désengagement programmé de l’Etat.

Adopté en juillet en première lecture en dépit de la forte opposition des personnels de France Télévisions qui ont mené plusieurs semaines de grève avant l’été, le texte doit repasser en seconde lecture devant l’Assemblée nationale, avec un Rassemblement national qui porte un projet de privatisation totale du service public.

C’est bien d’une guerre dont il s’agit, menée avec virulence par l’extrême droite via ses grands patrons de la presse privée, les Bolloré, Sterin et cie avec l’objectif revendiqué d’en finir avec la radio et la télévision publique, accusées d’être les relais médiatiques de la gauche. Ces attaques sont aussi portées par la droite.

Ces accusations ont été reprises par le journaliste Paul Amar, au micro de Pascal Praud à Europe 1 qui l’interrogeait sur le rapport de la cour des comptes concernant l’audiovisuel public : « Sur le plan politique, on peut dire que la ligne éditoriale du service public est sur la ligne Mélenchon. Sur le plan économique, le service public de France Télévisions favorise un système capitaliste  » au profit essentiellement de « producteurs richissimes qui ont commencé simplement ».

A travers le dénigrement systématique, les attaques personnelles, la mise en doute du professionnalisme des journalistes de France Télévisions et Radio France, c’est une stratégie d’affaiblissement qui se met en place, ouvrant ainsi un boulevard aux thèses de l’extrême droite à quelques mois des présidentielles. ★