Libertés démocratiques attaquées 10 octobre 2025
La FIDH vient de publier un rapport qui met l’accent sur l’inquiétante régression des libertés publiques en France. Depuis 2017, les différents gouvernements n’ont cessé de dénoncer les associations ou mobilisations, comme les manifestations contre les méga-bassines, qualifiées d’écoterroristes par le ministre Darmanin. La LDH, elle, a été menacée de perdre ses subventions publiques, pour avoir critiqué la répression de la manifestation de Sainte-Soline. Taxée de montrer des « ambiguïtés face à l’islam radical » par Borne, elle a ensuite été accusée de « faire le jeu des narcotraficants et des voyous » par Retailleau, pour son recours au tribunal contre l’usage excessif des drones.
La loi « séparatisme », quant à elle, permet de contrôler les associations, et de les asphyxier financièrement via la signature d’un « contrat d’engagement républicain », ou de les interdire. Des dissolutions ont été prononcées contre des mouvements écologistes, ou contre les Soulèvements de la Terre, annulée finalement par le Conseil d’Etat.
Depuis la fin de l’état d’urgence, les lois spéciales sont introduites dans la loi ordinaire. Visites domiciliaires, assignations à un périmètre restreint, qui sont des mesures issues de l’antiterrorisme, sont maintenant couramment pratiquées, comme pendant les JO. La liberté de manifester est contrôlée et entravée : les gardes à vues en masse sont systématisées, et la seule suspicion d’actes violents permet des arrestations préventives, sans autre motif que la simple participation à une manifestation.
Ajoutons à cela les violences policières et multiples dérives du maintien de l’ordre. La seule réponse aux manifestations est « l’usage de la force », tandis que l’arsenal policier s’est militarisé, à coup de lanceurs de balles de défense, grenades de désencerclement, grenades assourdissantes, gaz lacrymogènes, qui « tendent à s’imposer comme des instruments de gestion ordinaire des manifestations ». Le rapport note la répression particulièrement sévère qui s’est abattue sur le mouvement de solidarité avec la Palestine. Les premières manifestations contre le génocide à Gaza ont été régulièrement interdites, les organisateurs arrêtés, au moins au début, jusqu’à ce que la pression et la mobilisation soient suffisantes pour faire reculer le gouvernement.
Le délit d’apologie du terrorisme est constamment utilisé pour qualifier les soutiens à la Palestine. On a vu l’interdiction récente d’Urgence Palestine, ce qui a fait dire à Amnesty International que « Le droit français relatif aux dissolutions d’associations n’est pas conforme au droit international des droits humains. Il permet la dissolution sur la base de motifs vagues, comme par exemple, la “provocation à la haine”, la “provocation à des manifestations armées” ou l’“apologie du terrorisme”, et ce sans contrôle judiciaire préalable ». Ce prétexte a permis des arrestations au petit matin de militants ou de simples particuliers pour avoir exprimé leur solidarité. On se souvient de JeanPaul Delescaut, secrétaire général de l’Union départementale de la CGT du Nord, reconnu coupable d’apologie du terrorisme, pour un tract de soutien, et condamné à un an de prison avec sursis. Et la palestinienne Mariam Abou Daqqa, 72 ans, venue tout à fait légalement de Gaza, expulsée « en urgence absolue » par le ministère de l’Intérieur.
Ce rapport est bienvenu, dans une période où la répression s’accentue, et où, plus que jamais, il faut défendre nos libertés démocratiques pour pouvoir se battre. ★
