Parti Communiste des Ouvriers de France

Logement : Un plan « radical » pour relancer la construction ?
12 février 2026

Lecornu reconnaît une crise majeure qui fait du logement « une des grandes urgences dans le pays » et annonce « un des plans les plus radicaux de ces dix dernières années dans sa philosophie  ».

L’objectif affiché : 2 millions de logements supplémentaires, neufs et anciens remis sur le marché d’ici 2030, soit 400 000 par an.

Le gouvernement met en avant la cible de125 000 logements construits dès 2026 dans le parc social, avec une augmentation des moyens dédiés de «  500 millions d’euros supplémentaires pour 700 bailleurs sociaux, afin qu’ils construisent plus et rénovent davantage  ».

Ce prétendu « soutien financier inédit aux bailleurs sociaux  » vient après des années de casse du logement social marquées, notamment, par une ponction magistrale sur les ressources des bailleurs sociaux à travers la mal nommée « RLS » (1) Mais le cœur de plan Lecornu-Jeanbrun est un nouveau dispositif fiscal d’encouragement à l’investissement locatif baptisé «  Relance Logement ».

Mobiliser l’investissement privé et alléger les normes

Pour avoir des résultats rapides, ce plan veut mobiliser «  l’épargne des Français  » . Le dispositif reprend l’ancienne loi Pinel en élargissant le champ. Il concerne les logements acquis dans des immeubles collectifs, neufs ou anciens, si 30  % du prix du bien est investi en travaux. S’ils s’engagent à louer pendant 9 ans le bien acquis en respectant un plafond de loyer, les investisseurs pourront bénéficier de substantielles réductions d’impôt qui peuvent permettre, selon les exemples donnés sur le site du gouvernement, de ne payer aucun impôt sur leurs revenus locatifs et de bénéficier d’une importante déduction sur leurs autres revenus imposables (jusqu’à 17  000  € par an).

Il est précisé que le plafond à respecter devra être , « social » « très social » ou « intermédiaire » , ce qui est cohérent avec l’inclusion des logements intermédiaires dans le quota de 25 % de logement sociaux imposés aux communes et qui limite le nombre de vrais HLM. «  Il ne faut pas emmerder les Français  », déclare le Premier ministre qui indique vouloir appliquer la méthodologie «  de NotreDame et des Jeux olympiques », et qui annonce diverses mesures pour lever « les freins » à la construction, avec notamment l’objectif de «  simplifier encore le droit de la construction et de l’urbanisme ».

Vers un modèle à la canadienne ?

Dans la continuité de la sinistre loi Kasbarian, des mesures sont également prévues pour «  sécuriser les propriétaires bailleurs face aux risques d’impayés ».

Dans son communiqué sur le Plan Logement Lecornu-Jeanbrun, le DAL dénonce le «  rêve de M.  Jeanbrun de mettre en place un modèle locatif canadien où “c’est facile de louer un logement” mais où, “c’est facile aussi, si on ne respecte pas les règles, d’être sorti du logement” » C’est la transposition, dans le domaine du logement, de la fameuse «  flexisécurité  » qui est censée encourager les employeurs à embaucher, en allégeant les procédures de licenciement.

Dans la foulée, le gouvernement en a aussi profité pour exclure les étudiants extra-communautaires non boursiers du bénéfice des aides au logement (mesure applicable à compter du 1 er juillet 2026) !

Assis sur le mythe du petit propriétaire à encourager et à protéger, ce plan logement est avant tout un plan de relance du secteur des monopoles du BTP pour la plus grande satisfaction des spéculateurs et des banques.

Le directeur investissements du Crédit agricole l’a salué comme une « victoire culturelle », tout en indiquant rester encore sur sa faim. Le PS, qui s’est entendu avec Lecornu pour lui éviter la censure, présente comme un acquis à mettre à son actif le renoncement au gel des APL initialement prévu.

Il ne pourra pas éteindre la colère des mal-logés et les mobilisations pour le droit au logement pour toutes et tous. Comme nous l’avons développé dans notre édition de janvier, la crise du logement est inhérence au capitalisme. Pour en atténuer les effets, nous devons continuer à nous battre pour la baisse des loyers et l’augmentation des APL, la construction massive de logement vraiment sociaux et, dans l’immédiat, la réquisition des logements vides appartenant à des multipropriétaires. ★


1.  Cette réduction de loyer soi-disant sociale (RLS) avait pour objectif de réaliser des économies budgétaires sur les APL perçues par les locataires du parc social. Elle a obligé les bailleurs sociaux à compenser cette baisse par une réduction équivalente sur les appels de loyer. Mise en place en 2018, elle a, depuis, privé le parc social d’environ 1,3  million d’euros par an !