Parti Communiste des Ouvriers de France

Mayotte s’enfonce dans le chaos
10 juin 2026

En décembre 2024, un violent cyclone s’abattait sur Mayotte, causant de graves dégradations, détruisant des milliers d’habitations précaires et endommageant gravement maisons et bâtiments publics, notamment les écoles et centres sportifs. Les conséquences de ce cyclone dévastateur n’ont fait qu’empirer une situation déjà très dégradée en matière de pauvreté, d’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, à l’hébergement et aux services essentiels. 40  % des établissements scolaires ont été détruits. En janvier 2026, 10 000 enfants restaient scolarisés dans des structures provisoires, avec des conditions d’apprentissage dégradées, très souvent sur une simple demi-journée faute de places et d’enseignants. Plus de 15 000 enfants ne sont pas ou plus scolarisés du fait de la situation administrative de leurs parents, ces derniers ne pouvant fournir les papiers exigés par certaines communes, bien au-delà de que prévoit le code de l’éducation (actes de naissance de moins de trois mois, justificatifs de sécurité sociale à jour, attestations de la CAF, avis d’imposition récents – y compris ceux du propriétaire du logement). Le 21 avril, les syndicats d’enseignants étaient en grève pour s’opposer notamment à la suppression de 90 postes annoncée par le rectorat, alors que l’île manque déjà cruellement d’enseignants et de moyens pour assurer la scolarisation de tous les enfants.

Ce sont aussi des milliers de personnes précaires, qui survivent dans des masures encore plus insalubres, rebâties avec des matériaux de récupération, les autorités ayant interdit la vente de matériaux de construction à toute personne ne pouvant justifier de la nationalité française ou d’un titre de séjour en règle ! Sur une population estimée de 338  000 habitants, 160 000 à 200 000 seraient d’origine « étrangère », dont la moitié serait des migrants clandestins, majoritairement des Comoriens et, depuis le début des années 2020, des Africains des pays des Grands lacs.

Cela fait des années que le gouvernement déploie d’énormes moyens répressifs pour tenter de contrôler l’immigration clandestine. Faute de pouvoir expulser de l’île tous les clandestins, le gouvernement cherche, dans l’esprit des lois Darmanin et Retailleau, à leur rendre la vie impossible, en détruisant régulièrement leurs misérables lieux de vie, dans des opérations de « décasage » de plus en plus violentes, sous prétexte de lutte contre l’insécurité, l’habitat insalubre et l’immigration irrégulière.

Après les opérations « Wuambushu » en 2023 et « Place nette Mayotte » en 2024, le gouvernement a lancé le 7 avril, une nouvelle opération d’ampleur baptisée « Kingia » , l’objectif étant «  d’avoir un choc de sécurité pendant deux mois  » (!), selon le préfet. Par contre, l’absence d’accès à l’eau potable et à un habitat digne pour un tiers de la population a déjà des conséquences sanitaires immédiates avec une recrudescence des cas de dysenterie et de paludisme (+21 en une semaine). L’UNICEF France, Human Rights Watch, la Cimade et Médecins du Monde, dans un communiqué commun, dénoncent cette logique essentiellement répressive et les conséquences que les interventions sécuritaires, les démolitions d’habitats informels et les contrôles menés aux abords ou au sein d’établissements scolaires ou de centres de santé peuvent avoir sur les enfants et leurs familles, notamment sur « la scolarisation de tous les enfants  », indépendamment du statut administratif des parents. Ils exigent un réel « accès à l’eau, à l’alimentation et aux services essentiels » ainsi qu’un « accès effectif aux droits, sans discrimination liée à l’origine, à la nationalité ou à la situation administrative ». Des exigences minimales mais vitales à soutenir et à défendre.

A Mayotte, colonialisme rime avec une situation catastrophique pour les populations qui vivent dans une misère et une précarité toujours plus profondes. ★