Parti Communiste des Ouvriers de France

Meeting de lutte et de solidarité avec les prisonniers politiques de Kanaky
11 avril 2025

Le lundi 7 avril, s’est tenu à la Bourse du travail de Paris (salle Henaff) le meeting de lancement de la campagne « Libérez les prisonnier ères politiques de Kanaky », à l’initiative du Collectif de Solidarité Kanaky.

Pendant plus de deux heures, les témoignages intenses des familles de prisonniers, d’une prisonnière sortie de la prison mais assignée à résidence, des militants de la CCAT, des responsables du FLNKS… ont rappelé les causes des émeutes du 13 mai. Ils ont fait vivre les moments forts qui ont précédé la grande révolte de la jeunesse kanak et du peuple kanak. Ils ont rappelé la brutalité des policiers, militaires, GIGN, qui font irruption dans les maisons, devant les enfants… Et ont montré la force, le courage et la détermination du peuple kanak à gagner l’indépendance de la Kanaky, la terre des Kanak qu’ils partagent avec tous ceux et celles qui veulent vivre et la construire ensemble. Ni le GIGN, ni la prison, ni la haine des anti indépendantistes extrémistes et racistes ne leur feront abandonner ce combat

L’appel à poursuivre et amplifier la campagne pour la libération des prisonniers politiques de Kanaky a été bien reçu par un public très attentif, militant, captivé par les témoignages et désireux de soutenir ce combat.

Notre parti, membre du collectif solidarité Kanaky a mobilisé pour ce meeting important et était présent.

Le texte de la campagne était disponible à la table à l’entrée du meeting, avec une caisse appelant à la solidarité et la diffusion de plusieurs livres :

Le livre récent de B. Trepied, Décoloniser la Kanaky-Nouvelle Calédonie, aux Editions Anarchasis.

Celui de Luc Tournabien, Kanaky Nouvelle-Calédonie, 40 ans de décolonisation pour mieux recoloniser ? ([1]).

et le bulletin de l’Observatoire international des prisons (OIP) sur l’emprisonnement en Kanaky ; voir www.oip.org.

Deux tables rondes ont rythmé le meeting

Maître Calmet, qui défend avec d’autres avocats les prisonniers de la CCAT, a rappelé les ignobles conditions des déportations (menoté-es durant tout le vol de 30h, avec interdiction de parler…), visiblement préparées – « les avions étaient prêts ». Les très lourdes charges qui ont été immédiatement mises en avant, allant jusqu’à l’accusation de complicité de tentatives de meurtre sur « personnes dépositaires de l’autorité publique » (autrement dit des gendarmes), visaient à criminaliser au maximum les militants et militantes arrêté-es. Il fallait « satisfaire une partie de l’électorat loyaliste » chauffé à blanc. Mais ces accusations ne reposent sur rien, et certaines seront certainement abandonnées, car sans preuve.

Désiré Tein, frère de Christian Tein, le président du FLNKS, déporté dans la prison de Lutterbach, près de Mulhouse, a d’abord rappelé l’histoire de la CCAT, qui a organisé plus de 10 manifestations pacifiques, dans toutes les provinces du pays, jusqu’à celle, la plus grande, qui a eu lieu « le 8 mai, où 80 000 personnes ont manifesté pacifiquement à Nouméa, alors que la population totale ne fait pas 300 000 personnes ». « Il fallait bloquer le texte qui voulait nous faire disparaître, faire disparaître notre culture, notre passé » : il faisait référence à la loi modifiant le corps électoral, qui sera votée le 13 mai à Paris, par l’Assemblée nationale (votée le 2 avril parle Sénat). « Il y a eu cette révolte, parce qu’on n’a pas été pris en considération ». Il a insisté sur le rôle de la CCAT : « c’est un outil du FLNKS, dans la lutte pour la pleine souveraineté … Nous sommes un garde-fou, pour que le futur accord ne soit pas en- dessous de celui de Nouméa ». Il a expliqué que « cela a été difficile pour la CCAT, après l’arrestation de Christian, qui a porté dignement la veste qu’on lui avait mise », entendez par là, la lourde responsabilité à la tête de la CCAT, puis du FLNKS. « On s’est organisée pour faire face. »

Il rappelle : « 72 jeunes sont dans les prisons en France : il y a eu 3 000 arrestations, 200 incarcérations. On essaie de trouver des fonds, au pays : 19 millions de Franc Pacifique (soit 160 000 euros), pour prendre en charge les frais de justice 

Wamadji Ipeze, militant FLNKS, mari de Brenda Ipeze-Wanabo qui a été déportée avec les autres miltant-es de la CCAT parlera avec sobriété de l’arrestation de son épouse par le GIGN. Il insistera sur l’unité du peuple kanak, « rien ne doit se faire sans le peuple kanak », et termine son témoignage en disant : « Brenda vous remercie. Il faut continuer à travailler et à se mobiliser pour la libération de tous nos frères et sœurs, pour qu’ils rentrent en Kanaky et pour l’indépendance de Kanaky. »

La compagne de Christian Tein, Olga Nasselé, militante FLNKS, dira, entre autres, « il ne faut pas qu’on s’acclimate à cette situation. Il faut qu’on parle parce que ce qui se passe n’est pas normal. Sans colère, pour faire passer le message, pour que tous les camarades retrouvent la liberté ».

C’est avec ce témoignage que s’est achevée la première série d’interventions. Quelques questions ont été posées de la salle, notamment sur les démarches faites à l’ONU et sur le climat raciste qui s’est développé contre le peuple kanak, avec des propos relatés par l’avocat tel que « nazi à la peau noire » tenus par des anti-indépendantistes radicaux à l’encontre de la CCAT.

La deuxième table était composée de : Céleste Merempon du Collectif de mobilisation parisienne pour la Kanaky (CMPK), de Jean-Baptiste Diala – militant CCAT / FLNKS, de Robert Xowie, sénateur FLNKS de la Kanaky Nouvelle-Calédonie, membre du Groupe communiste Républicain citoyen et écologiste du Sénat et de Frédérique Muliava, militante UC FLNKS, prévenue assignée à résidence en France.

Céleste a expliqué tout le travail de soutien financier et matériel (vêtements, lettres…) réalisé en direction des prisonniers kanak, notamment les prisonniers de droit commun, qui ont été jugés et condamnés, et déportés de la prison du Camp Est, en Kanaky, vers les prisons de France. Elle a rappelé l’état déplorable des prisons de Kanaky, plusieurs fois dénoncées par des institutions nationales et internationales (un taux de surpopulation de 160 %, 90 % de Kanak et d’Océaniens). Elle a également fait référence au travail de l’Observatoire international des prisons (OIP), qui a publié un dossier spécial sur la situation des prisons en Kanaky ([2]).

J.-B. Diala, de la CCAT, a d’abord évoqué la misère dans laquelle vivent beaucoup d’enfants kanak : « 300 écoliers sans bourse, ni école, ni cantine », et ceux « qui sont obligés de faire des kilomètres pour se rendre au collège, car celui qu’il fréquentait est fermé. Ils subissent une forme d’apartheid ». Il a également tenu à rappeler que ce sont « les forces de l’ordre qui ont tiré le 11 mai sur des jeunes, sans sommation, à Rivière salée ». Et que les milices loyalistes ont agi de concert avec les forces de l’ordre. « Les arrestations et les interrogatoires continuent », et de citer l’arrestation d’un de ses fils, que les policiers voulaient mettre dans le coffre de leur voiture : « je suis intervenu et leur ai dit, vous ne transporterez pas mon fils comme un cerf que vous auriez tué » …

Le sénateur R. Xowie est revenu sur les « zones d’ombre » qui caractérisent la domination coloniale d’un Etat qui se dit « défenseur des droits de l’homme ». Il a réaffirmé qu’il n’était pas possible d’aller en-deçà des accords de Nouméa, tout en rappelant qu’on n’en n’était pas encore au stade des négociations avec l’Etat et que la question de la libération des prisonniers politiques et celle de Christian Tein étaient toujours posée.

Les premiers mots de Frédérique Muliava, ont été pour remercier les organisations et les personnes engagées dans la solidarité et pour saluer ses camarades emprisonnés. Revenant sur la séquence du « troisième référendum » auquel le peuple kanak n’a pas participé, elle a insisté sur la volonté de l’Etat colonial de « donner la main aux anti-indépendantistes, en nommant Bakès secrétaire d’Etat à la citoyenneté, cette même Backès qui a été battu aux dernières élections sénatoriales et qui nie la légitimité du peuple kanak ».

Elle a répondu aux questions de « comment aider ? » « Il y a la nécessité de continuer les mobilisations, pour qu’on n’oublie pas qu’il y a les prisonniers ici et il y a la solidarité, notamment financière, car on ne sait pas combien de temps les procès vont durer. Il y a aussi, pour le Kanak en dehors du pays, la nécessité de s’inscrire sur les listes électorales. »

La parole a été redonnée à la salle, en premier au député LFI Bastien Lachaud, qui s’implique sur ces questions depuis des années, à travers notamment des visites aux prisonniers, des interventions à l’Assemblée. Il a redit sa condamnation de la situation coloniale et l’exigence de la libération des prisonniers politiques et de l’indépendance de la Kanaky, soulignant le fait que le FLNKS « l’ouvre à d’autres ».

Notre camarade porte-parole est également intervenu brièvement pour saluer les militant.es présent.es et leur combat.


[1] Pour le livre de Luc Tournabien, possibilité de l’envoyer directement depuis la France (Hexagone) pour le prix de 16€ (soit 23.6$CA) fret compris par CB en s’adressant à lindependant.knc@gmail.com ; un lien de paiement sécurisé SumUp sera envoyé.

[2] Bulletin Dedans Dehors, n°125 : Kanaky : dans l’ombre de la prison. www.oip.org