Meeting du FLNKS : empêcher le passage de la loi constitutionnelle « Bougival-Elysée-Oudinat » 15 février 2026
La délégation du bureau politique du FLNKS qui séjourne actuellement à Paris, a tenu à rencontrer la communauté kanak, les collectifs de solidarité, les ami.e.s du peuple kanak, pour expliquer, échanger, répondre aux questions et aux interrogations. Plusieurs collectifs de soutien étaient là, à travers des militants, des militants anticolonialistes, des syndicalistes… Des camarades de notre parti ont participé à cette réunion publique.
La rencontre s’est faite à la bourse départementale du travail, à Bobigny (93), le 13 février. C’est l’UD CGT qui a accueilli cette réunion publique et c’est son secrétaire général, Kamel Brahmi qui a salué la délégation du FLNKS, rappelant l’engagement de la CGT aux côtés du peuple kanak et ses liens avec l’USTKE. C’est à Emmanuel Tjibaou, député et président de l’UC, que Brenda Wanabo-Ipeze, l’une des 9 poursuivi.e.s et déporté.e.s en France, a donné la parole, après avoir remercié les participants et la CGT.
La délégation est en train de faire la tournée des groupes représentés au Parlement et au Sénat, ainsi que des organisations comme la LDH, pour expliquer la position du FLNKS, pourquoi il s’oppose à l’adoption du projet de loi constitutionnelle faisant passer le contenu du texte Bougival-Elysée-Oudinot, dans la Constitution.
Ce projet de loi doit passer en commission des lois du Sénat, le 18 février, puis présenté en séance publique au Sénat, le 24 février. S’il passe cette étape, il sera présenté à l’Assemblée nationale, dans la perspective d’un passage devant le Congrès, pour modifier la Constitution.
Comme l’a dit C. Tein, c’est un « calendrier mortifère », une « marche forcée » imposée par Macron pour fermer le processus, ouvert par les accords de Matignon (1988) et de Nouméa (1998) – toujours encore inscrits dans la constitution – qui devaient aboutir à l’autodétermination. Ils et elle ont tous insisté sur la nécessité de faire échouer ce projet de loi ; ils ont dit qu’ils n’arrêteront pas d’expliquer la position du FLNKS, qui ne peut pas être nié, comme le font les Darmanin, Lecornu, Macron… Ils sont conscients de la difficulté de convaincre les Larcher, LR et autres macronistes : comme le dira Oriane Trolue (membre du Mouvement océanien indépendantiste) « le narratif colonialiste influence les groupes parlementaires », beaucoup « ignorent la question coloniale ».
Pourtant le sénateur Xowie et le député Djibaou ne cessent d’interpeller les élus des deux chambres. On se rappelle ce travail intense au moment du vote de la loi sur le dégel du corps électoral, qui déclenchera le soulèvement de mai 2024 en Kanaky.
La délégation a également rencontré la LDH, pour évoquer notamment la question de la répression – mise en évidence par le récent rapport de la commission nationale consultative des droits de l‘homme – du sort des prisonniers. La mort pour le moins suspecte de Frédéric Grauchin, âgé de 31 ans, dans sa cellule du centre de Varennes-le-Grand, le sort des 80 prisonniers kanak déportés, les libérations sans avoir de papiers, sans vêtements, sans billet de retour pour le pays… « tout cela, on le met chaque fois sur la table » diront plusieurs responsables de la délégation.
Ils se sont succédé au micro, en se complétant, pour rappeler l’histoire du mouvement indépendantiste, qui n’a jamais abandonné l’objectif du peuple kanak d’accéder à l’indépendance. Une véritable leçon d’histoire, de détermination, qui n’occulte aucun aspect, aucune question, avec le souci d’écouter, de répondre aux questions, y compris celles qui touchent à « la signature du texte de Bougival ». Il y a eu une manipulation, une instrumentalisation, des mensonges de la part des représentants de l’Etat, et le coup de force de Macron pour annoncer la signature d’« un accord historique », alors que la délégation du FLNKS avait dit qu’elle n’avait pas de mandat pour signer…
L’essentiel a été rappelé par Christian Téin : « on ne se divisera pas, on ne veut plus de cela ».
Mikael Forrest, responsable, entre autres, des relations internationales au FLNKS, rappellera les multiples initiatives prises au niveau international, pour gagner le soutien des peuples au combat pour l’autodétermination. Celui des peuples océaniens, bien sûr, les peuples frères, aux tribunes et aux commissions de l’ONU, au Parlement européen, où le sénateur Xowie est intervenu à l’invitation du groupe des députés basques, aux « rencontres internationales » de Corte, en Corse, à l’invitation de Nazione. J.-G. Talamoni, ancien président de l’Assemblée de Corse, qui a salué la délégation et rappelé les liens de solidarité avec le peuple kanak.
La situation dramatique dans laquelle vit le peuple kanak a été abordée à plusieurs reprises. Pour illustrer l’exemple du délabrement du système de santé, E. Tjibaou a donné un exemple : « il n’y avait pas un seul médecin sur l’île de Maré, où s’est tenu le dernier congrès de l’UC ». Mais il a surtout parlé des licenciements qui se multiplient dans les usines et des discriminations dont sont victimes les familles kanak qui vivent dans la province Sud, dirigée par la réactionnaire, violemment anti-indépendantiste, S. Backès. C. Téin a parlé des « Afrikaners » pour parler de ces secteurs radicaux, qui veulent la partition pure et simple de l’île. Plusieurs intervenants sont revenus sur les dangers contenus dans le texte Bougival-Oudinot, qui ne ferme pas seulement la porte à un processus d’autodétermination, mais revient sur plusieurs acquis importants des accords précédents.
Les responsables sont également intervenus sur « l’accord de Kanaky » et sur la phase de transition qui doit permettre l’accession à la pleine souveraineté. Un texte que « C. Téin avait donné à Macron, quand ils se sont rencontrés à Nouméa », au moment du soulèvement de la jeunesse.
Les deux priorités à court terme ont été rappelées :
- Mettre en échec le projet Bougival-Oudinot, en mobilisant ici et en Kanaky. « Il faut occuper tous les terrains et nous avons appelé à se rassembler partout ». Des rassemblements ont eu lieu le 13 à Ouvéa.
- Présenter le maximum de listes unitaires aux municipales, pour affirmer la représentativité du FLNKS. Comme l’a souligné Oriane, « l’Etat a reporté quatre fois les élections provinciales alors que nous les avons demandées ». Elle a rappelé l’importance d’assurer le vote des Kanak et de faire des procurations.
C’est E. Tjibaou qui a clos cette rencontre pleine d’émotion et de solidarité, en insistant sur l’importance de ces échanges, des critiques et les propositions pour avancer.
Il nous a invités à aller autour de nous « semer les boutures », comme on le dit dans sa tribu, ces boutures que nous avons recueillies durant cette rencontre. Nous avons aussi apprécié son salut aux communistes « toujours là ».










