Militarisation et fascisation 10 juin 2026
La fascisation est un phénomène qui prend différentes formes, mais il touche avant tout l’Etat.
Le gouvernement n’a pas beaucoup de moyens de faire passer des lois, mais il a d’autres canaux, comme les décrets, les coups de force ou l’activation de procédures contenues dans des lois qui sont passées inaperçues.
Ainsi, il a fait passer le renforcement des pouvoirs des préfets dans le cadre de la « décentralisation de l’Etat local ». Leur première mission sera notamment de généraliser les interdictions des rassemblements festifs de l’été, qui réunissent des milliers de jeunes en dehors des cadres officiels et contrôlés et qui expriment de diverses façons une contestation du « système », de sa police, de ses guerres… Le gouvernement a également fait passer un nouveau cadre institutionnel à travers le statut « d’Etat d’alerte de sécurité nationale », qui vient s’ajouter aux différents « états d’exception » activés à plusieurs reprises.
Renforcement de « l’Etat local » en renforçant les pouvoirs des préfets
L’hypocrisie et les dangers se retrouvent à tous les niveaux de ce projet de loi du 20 mai. A ceux qui croyaient que le gouvernement allait engager une nouvelle phase de la « décentralisation », celui-ci répond par le maintien de la répartition de compétences, avec le renforcement des pouvoirs de son représentant, le préfet. Celui-ci hérite en plus des compétences de l’Ademe (Agence de la transition écologique), et surtout, il aura un « pouvoir de substitution général », lui permettant de se « substituer » aux collectivités territoriales, en « cas de carence », notamment dans « l’application des lois ». Derrière ces concepts, on peut évoquer des situations : une collectivité qui n’applique pas les politiques d’austérité décidées par l’Etat, qui s’oppose à un projet « d’aménagement du territoire », comme la construction de routes, de voies ferrées ou l’enfouissement de déchets hautement toxiques…
Ce sont les contrats Etat-Région qui vont primer, autrement dit, à un niveau où les citoyens n’ont plus aucun droit au chapitre. La « simplification des normes » est une nouvelle fois mise en avant, avec le projet d’un deuxième « méga-décret » de simplification, pour l’été.
Donner plus de pouvoir aux préfets, c’est renforcer le contrôle de l’Etat central. Cela se fait au nom de la lutte contre la complexité administrative et le trop grand nombre de « normes ». C’est une application de la « méthode Notre-Dame », chère à Macron (1) : liberté aux monopoles entreprenants !
L’état d’alerte de sécurité nationale
L’Assemblée nationale a adopté ce « dispositif juridique inédit », intégré dans le projet de loi d’actualisation de la loi de programmation militaire (qui ajoute 36 milliards pour préparer la guerre).
Il s’agit d’un « régime d’exception », qui vient s’ajouter aux régimes déjà existants dans la loi, comme « l’état d’urgence » créé en 1955 (guerre d’Algérie), réactivé en 2005 (émeutes des banlieues), de 2015 à 2017 (attentats terroristes), mis en œuvre plusieurs fois en Nouvelle-Calédonie-Kanaky (1984 et 2024), ou « l’état d’urgence sanitaire » (avec son conseil restreint) décrété au moment du Covid.
La particularité de ce nouveau dispositif, c’est de permettre à l’Etat de « déroger à certaines normes, sans passer par les procédures habituelles ». L’exemple donné est celui de la construction de hangars pour les Rafale, sans respecter les procédures de protection de l’environnement. Le critère mis en avant, c’est l’urgence d’une situation !
Idem pour les bâtiments et activités jugés stratégiques, qui doivent être « protégés », sans attendre des procédures d’autorisation.
En principe, ce dispositif d’exception ne donne pas directement le pouvoir d’interdire une manifestation, mais « en cas de menace », il permet de renforcer le contrôle et l’encadrement de rassemblements. Quant à la surveillance électronique (messagerie), elle est déjà prévue dans la loi de programmation militaire !
Les organisations de défense des libertés démocratiques ont dénoncé le flou des critères de son déclenchement. De plus, c’est un décret qui l’autorise, sans contrôle parlementaire.
Le contexte évoqué par les partisans de ces nouvelles restrictions des libertés démocratiques est celui de la « guerre hybride ». Celle qui est toujours attribuée à Moscou. Ils mettent en avant la nécessité de la « coopération internationale entre membres de l’Otan, de l’UE », qui exige des décisions rapides, qui ne se heurtent pas à des procédures de discussion ou des règlements… Cela ne fait que souligner le lien avec la militarisation et la préparation de la guerre inter-impérialiste. ★
