Parti Communiste des Ouvriers de France

Militarisation
12 novembre 2025

Depuis l’agression de la Russie contre l’Ukraine en février 2022, les budgets de la défense des pays européens n’ont cessé de gonfler, au détriment des budgets sociaux, et cela quasiment dans tous les pays de l’UE. Significatif de ce changement, l’Allemagne qui a modifié sa constitution au printemps 2025 pour adopter un « quoi qu’il en coûte  » pour sa défense. Tout est fait pour attirer des capitaux privés, assurés d’un bon rendement.

Cette production parasitaire pèse lourdement sur le dos de la société tout entière. Gavés par les commandes d’Etat, avec des carnets de commande bien remplis et pour des années, les monopoles du secteur se frottent les mains et ne se sont jamais si bien portés.

Quelques chiffres sur l’augmentation des budgets des Etats de l’UE Les dépenses militaires de 27 pays de l’UE étaient de 343  Mds d’euros en 2024, soit 19 % de plus qu’en 2023.

Elles seront de 392 Mds en 2025.

En juin 2025, au sommet de l’OTAN à La Haye, l’objectif de consacrer 3,5 % du PIB à la défense a été acté, ce qui signifie pour l’UE la somme 807 Mds d’euros.

L’ Allemagne a supprimé toute limite constitutionnelle à ses dépenses de sécurité. Le budget de la défense de l’Allemagne, de 47 Mds en 2021 sera de 101  Mds en 2026. Le chancelier a promis de faire de la Bundeswehr « la plus forte armée conventionnelle d’Europe » !

Mais c’est la Pologne qui a le plus gros budget militaire. Varsovie vise 5 % de son PIB en 2026. Pour ce faire, elle a décidé une taxe sur les banques mais aussi un prêt étasunien, en contrepartie d’achat des F35 US !

En France , la loi de programmation militaire 2024-2030 va être augmentée de 3,5  Mds. Le budget de 57,1  Mds en 2026, sera de 63,4 en 2027. Ce budget a doublé en l’espace de dix ans.

L’ Italie a voté en 2025 un budget de 31,2  Mds, soit 7,2  Mds de plus par rapport à 2024. Mais le gouvernement Meloni est contraint, d’une part, par la nécessité de réduire son endettement mais également par la très forte opposition ouvrière et populaire, liée à ses traditions pacifistes.

En Suède , le chiffre d’affaires de l’industrie de défense a augmenté de 55 % entre 2023 et 2024. Il s’élève à 100  Mds de couronnes. L’entreprise Helming, grand nom de la Tech suédoise, spécialiste de l’IA, investit beaucoup dans l’industrie de défense.

Helsinki cherche à favoriser les liens entre start-up innovantes et industriels de l’armement.

L’allemand Rheinmetall, poids lourd de l’industrie de défense allemande Spécialiste des chars et des munitions, ce groupe a connu une expansion spectaculaire en quelques années ; d’un industriel moyen il est devenu un acteur mondial de l’armement. Il prévoit de quadrupler son chiffre d’affaires d’ici 2030, avec un carnet de commande saturé et une visibilité à dix ans. Il prévoit d’embaucher 10  000 salariés par an, en particulier les travailleurs licenciés de l’industrie automobile allemande en pleine crise  : une main-d’œuvre déjà formée et disponible sur le marché du travail. Il a reçu une commande du consortium européen d’armement (OCCAR) (1), pour une production de chars et un chèque de 3,5 Mds d’euros. Le groupe va ouvrir en 2027 une usine qui sera le premier site de production de munition en Europe. Rheinmetall s’est lancé dans une frénésie d’acquisitions, de fusions et d’accords avec des partenaires. Rachat en septembre du département militaire des chantiers navals de Brême ; en mai, de 60 % de l’entreprise finlandaise de satellites militaires  ; signature en juin d’un accord avec la start-up américaine Anduril Industrie pour la fabrication en Europe de drones de combat et de missiles de croisière – accord qui implique une dépendance à la technologie étasunienne, qui a relancé la polémique sur la question de la souveraineté européenne ; un partenariat avec Lookeed Martin pour la fabrication de F35 ; et rachat à l’été 2024 du groupe US Loc Performance Products, spécialiste du véhicule militaire.

Selon ses propres déclarations, Rheinmetall ambitionne de devenir un fournisseur universel, un écosystème de défense paneuropéen présent sur terre, sur mer et dans l’espace ! ★


1. L’organisation conjointe de coopération enmatière d’armement (OCCAr) est une organisa tion intergouvernementale en Europe visant à faciliter la gestion en collaboration de grands programmes d’armement. L’OCCAr rassemble en 2020 six pays membres  : France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Belgique et Espagne.

Une fusion pour concurrencer Starlink

Les poids lourds européens de l’aéronautique et de la défense, Airbus, Thales et Leonardo, ont signé en octobre un protocole d’accord en vue de fusionner leurs activités dans les satellites, un mégaprojet destiné à contrer la domination de Starlink, la constellation d’Elon Musk. Ce projet, baptisé Bromo, « constitue une avancée majeure pour renforcer l’écosystème spatial européen, accroître sa capacité d’innovation, son autonomie stratégique et sa compétitivité et ainsi permettre à l’Europe d’affirmer son rôle central sur le marché spatial mondial » , affirme Thales dans un communiqué.

La nouvelle entité ainsi créée ambitionne de devenir le partenaire de confiance pour le développement et la mise en œuvre des programmes spatiaux souverains des pays européens.

Drainer l’épargne vers l’industrie de défense

En France, l’industrie de défense, à côté des grands groupes, fait travailler 4 500 PME qui emploient 220 000 salariés. La direction générale de l’armement a créé, en 2005, un club des investisseurs de la défense pour orienter l’épargne privée vers ces PME. Une série de produits financiers, comme l’assurance vie de la Société générale intègre des unités de compte « défense et sécurité ». Un nouveau produit, appelé « Mon petit placement  » parie sur la hausse des parts de Thales, Safran, Rheinmetall… et garantit le capital placé. BPI France a lancé son fond défense pour permettre d’investir à partir de 500 euros dans plus de 500 entreprises françaises et européennes du secteur de la défense. Certains de ces fonds, pour donner bonne conscience aux investisseurs, parlent d’investissement « socialement responsable » et excluent par exemple de leur panel d’actions « les armes chimiques ou biologiques, tout en exigeant des progrès sur la gouvernance, l’empreinte carbone ou la parité ».

Benoît Laroche Roussane, directeur de l’industrie de défense à la Direction générale de l’armement déclare : « dans une économie de guerre, la Nation a besoin de l’engagement du capital privé pour que nos entreprises puissent grandir et innover ».