Parti Communiste des Ouvriers de France

Municipales : Echos des villes (Strasbourg, Toulouse, Gironde, Grenoble)
09 avril 2026

Strasbourg : une campagne agitée

Le climat de la campagne a été marqué par des tags réactionnaires sur les locaux de LFI et de la maire sortante (bombages racistes) et menaces de mort sur des candidats de gauche (à la suite de quoi la liste soutenue par le NPA Révolutionnaire s’est retirée). Une importante mobilisation du mouvement militant contre le RN a pu empêcher la participation de leur tête de liste à un débat public à Science-Po.

Le mécontentement envers la gestion de la maire sortante, J.Barseghian (Alliance Ecologie-PCF) L’augmentation de la pauvreté et de la précarité, du mal-logement, des travaux importants qui rendent les déplacements difficiles  ; certaines friches n’ont pas bougé, alors qu’il devait y avoir construction de logements, tout cela a créé du mécontentement dans la population.

La désillusion face à la gauche Le grand éparpillement de listes, surtout à « gauche » (au 1 er tour sur les 12 listes, 6 sont de divers gauche) explique en partie le fort taux d’abstention (41,7 %).

A cela, il faut rajouter la campagne nationale de dénigrement contre LFI pour diviser.

La notoriété de C. Trautmann (PS).

Catherine Trautmann, PS, est une ancienne maire (en 1989 puis en 2000). Elle avait intégré le gouvernement Jospin en 1997. Elle était également députée et députée européenne.

Ses mandats ont notamment été marqués par la mise en place du tram à Strasbourg.

Elle se qualifie elle-même de social-démocrate.

Trautmann l’emporte.

Au 1 er tour, elle arrive en tête, suivi de LR et de la maire sortante.

Au 2 e tour, C.  Trautmann, alliée à P.  Jakubowicz (Horizons), l’emporte devant Barseghian et LR. Le PS regagne une mairie importante, au prix de la fusion avec Horizons.

La réalité du terrain a été prégnante.

Dans les quartiers populaires, les voix se partagent entre Trautmann et Barseghian, avec une prédominance là où chacune a fait un travail de terrain. Dans certains bureaux, la victoire s’est jouée dans un mouchoir de poche. Deux quartiers (Robertsau et Neuhof), où le thème sécuritaire a été majoritaire, ont voté LR (avec un report de voix RN).

La position du parti au premier tour à Strasbourg a été de ne pas appeler à voter pour une liste de gauche, vu l’éclatement. Au deuxième tour, le parti a appelé à voter pour la liste Ecologie/LFI, pour faire barrage à la droite et à l’alliance PS-Horizons. ★


Toulouse

Avec plus de 13  000 voix au premier tour, Moudenc, maire sortant affiché centriste mais dans les faits de droite, devance Piquemal. François Briançon, PS, arrive en 3e position. Cette situation donne lieu à une alliance LFI/PS pour le 2e tour, ce qui, au regard du total des voix, représentait un espoir de victoire. François Piquemal s’est engagé durant des années dans le DAL auprès des sans-abris (campements, occupations) avant de rejoindre la FI et d’être élu député en 2022. Dans son programme, entre autres, blocage des loyers, gratuité des transports pour les moins de 26 ans, rupture du jumelage avec Tel Aviv, refus de la LGV qui détruirait notamment des zones Natura 2000

Plusieurs raisons expliquent son échec

  • Un fort taux d’abstention, notamment dans les quartiers populaires, malgré une campagne de mobilisation de la part des forces soutenant F. Piquemal.
  • Un report des voix PS trop faible, beaucoup de PS proches de la ligne de Carole Delga, présidente de région, étaient de fait plus proches de Moudenc que de LFI ; ses déclarations pour faire barrage à LFI ont pesé.

La campagne d’ostracisation à l’encontre de LFI, qualifiant l’organisation d’antisémite, a joué un rôle non négligeable. Toulouse est jumelée avec Tel Aviv et le mouvement de soutien au peuple palestinien dont fait partie LFI réclame depuis la guerre à Gaza la rupture de ce jumelage ; François Piquemal a fait partie des militants de la flottille pour Gaza au côté de Cédric Caubère, secrétaire départemental CGT. Le MEDEF et la CPME se sont invités dans la campagne appelant à voter pour Moudenc et en menaçant, pour Airbus notamment, de délocaliser une partie de l’activité à Hambourg si LFI passait.

  • De plus, une campagne de fake news, dont on ignore à ce jour la provenance, a été orchestrée sur les réseaux sociaux afin d’accentuer le rejet du candidat LFI. Alors que l’alliance LFI/PS s’est soldée par une perte de 3 000 voix entre le 1 er et le 2 e tour, Moudenc, avec cette campagne extrêmement agressive, a joué sur les peurs et a mobilisé un véritable arsenal : le gain de voix entre le 1 er et le 2 e tour est de plus de 30 000 voix, passant de 58 462 à 92 152. On a pu ainsi observer une hausse spectaculaire du taux de participation dans les bureaux de vote des quartiers aisés atteignant plus de 70 % de participation !

Le RN reste résiduel et absent sur la Haute-Garonne. ★


Gironde

Les forces de gauche sont parties en campagne électorale dans la division et l’éparpillement des listes, les électeurs y ont répondu par l’abstention massive (jusqu’à 54  % et plus dans certaines communes).

Le choc électoral, c’est la perte de plusieurs fiefs historiques de la gauche : Bègles, Le Haillan, Ambarès et Parempuyre virent à droite, chacune pour des raisons différentes, avec pour effet immédiat le retour de la droite à la tête de la Métropole bordelaise.

Bègles : première fois depuis 80 ans que « la gauche » n’est pas élue à la mairie qui a été un « bastion » du PCF de 1969 à 1989 avant de devenir écologiste avec la première élection de Noël Mamère. Battue par un candidat de droite, par un écart de 238 voix, alors que les résultats des deux listes Union de la gauche et LFI (45 % au total) au 1 er tour devait permettre de l’emporter sans problème. Le maire sortant EELV Rossignol-Puech paie ainsi son refus catégorique de toute alliance avec LFI. Au 2e tour, une partie des électeurs de ces deux listes a préféré s’abstenir (1 000 voix de moins).

Pour Parempuyre , la chute de la liste PS-PCF est largement due à l’opposition massive des habitants à l’ins tallation de l’usine EMME en bords de Garonne, zone inondable classée Natura2000.

Bordeaux : souvent qualifié d’écologiste sans couleur politique affirmée, Hurmic a tourné le dos dès le début à LFI et fait campagne en solitaire. A sa gauche, LFI a fait de même, refusant les alliances avec les autres listes de gauche. Au final, pas moins de cinq listes à la gauche de la gauche  ! La droite, qui avait pansé ses divisions à la veille du 1 er tour, retrouve la mairie de Bordeaux, bénéficiant d’un report de voix de la liste « indépendante » et de celle du RN.

  • Résistance au R.N. : Le RN ambitionnait plusieurs mairies. Ce ne sera que deux petites communes de moins de 1 500 habitants au 1er tour ! Au 2e tour, aucun de ses poulains bien placés n’a transformé l’essai du 1er tour. Au contraire, en Nord-Gironde (entre Blaye et Saint-André-de-Cubzac), une opposition de terrain s’est constituée autour de syndicats (CGT, Solidaires) et de collectifs citoyens locaux, d’associations (nombreux tractages, présence visible auprès des citoyens et des travailleurs). Un travail qui a payé, St-André-de-Cubzac et Pugnac, mais d’autres aussi, ont ainsi échappé de justesse au RN. Faire échec au RN là où il a des chances de gagner, c’était la consigne de notre parti. ★

Grenoble : les mobilisations logement se sont invitées dans la campagne

Pour les 150  personnes qui occupent la Métro depuis le 19 novembre et pour leurs soutiens, les enjeux étaient importants. Les conventions d’occupation temporaire déjà signées, les engagements de maintien dans les logements jusqu’à ce que soit trouvée une solution pérenne, les logements promis mais dans lesquels les entrées n’étaient pas encore effectives… : tout pouvait être remis en cause avec des changements de majorité, notamment à Grenoble dont le poids numérique est pré pondérant au conseil métropolitain, garant des acquis arrachés. Les sondages donnaient une large avance à la liste conduite par Laurence Ruffin, qui prenait le relais d’Éric Piolle. Mais, au soir du 1 er tour, elle était largement devancée par la liste Carignon (liste LR avec ralliement des macronistes). Le revenant, qui a su faire oublier ses années de prison pour corruption, avait ciblé sa campagne sur la défense des commerces du centre-ville et la sécurité dans les quartiers plus populaires. Dans ces quartiers, le vote – et l’abstention – ont sanctionné la dureté de la vie, les bibliothèques et les bureaux de poste fermés, la dégradation de la voirie… La liste de gauche l’a finalement emporté grâce à la «  fusion technique » avec la liste LFI (15 % au 1er tour) et les nombreux appels à ne pas laisser revenir Carignon. Notre parti avait appelé à ne pas le laisser gagner la mairie et, par conséquent, à voter pour la liste d’union conduite par L.  Ruffin, tout en soulignant que « dans un contexte d’austérité et de montée de la réaction, la mobilisation restera nécessaire quel que soit le résultat des élections ».

La lutte menée depuis plus de 4 mois montre qu’on n’obtient rien sans combat, sans organisation, sans persévérance, sans solidarité. Durant toute la campagne, les actions ont été nombreuses  : rassemblements, conférences de presse, manifestations, interpellation des candidat.e.s. Elles se pour suivent pour « des logements pour toutes et tous, maintenant » et la réquisition des locaux vides. ★