Nucléaire : des liens toujours plus étroits entre nucléaire civil et militaire 12 novembre 2025
Est-ce pour fêter ses 80 ans d’existence que le CEA, « Commissariat à l’Energie Atomique », et, depuis 2010, « aux énergies alternatives » (organisme public sous la tutelle de plusieurs ministères dont celui de la défense) a décidé de mettre ses compétences au service de la recherche et de l’industrie ? Sa priorité reste, bien sûr, et plus que jamais étant donné le contexte politique international, la défense, et notamment la dissuasion nucléaire. En 2024, le CEA s’est vu attribué 3 Mds d’euros pour ses programmes de défense.
Mais Anne-Isabelle Etienvre, nouvelle administratrice nommée en juillet dernier, déclarait au journal Le Monde du 18 octobre : « L’Etat souhaite que le CEA renforce son rôle de coordonnateur de l’action recherche et développement pour l’ensemble des acteurs dans le domaine de l’énergie nucléaire.
» C’est ainsi que le CEA va travailler plus étroitement avec EDF (qui exploite 57 réacteurs en France) et Orano (qui gère l’approvisionnement, l’enrichissement et le stockage de l’uranium).
Suite aux annonces de Macron en 2022 de la construction de 6 nouveaux réacteurs de grande puissance (EPR2) et la poursuite de l’exploitation de toutes les vieilles centrales nucléaires en fonctionnement, le CEA va notamment mettre ses compétences au service d’EDF pour étudier la question du vieillissement des cuves des centrales nucléaires existantes comme celles des enceintes de confinement ainsi que la question de l’irradiation de certains matériaux. Il va également épauler les start-up qui travaillent sur la conception des petits réacteurs modulaires (SMR). Ses centres de Recherche et développement (R&D) sont aussi mobilisés pour concevoir des réacteurs 4 e génération. Toute la force de frappe de cette institution est donc concentrée sur cette énergie qui, nous n’avons pas cessé de le dénoncer et de nombreuses autres voix l’ont fait également, est, dans le cadre du système capitaliste impérialiste, source de grands dangers. ★
Gravelines : le site pour la construction d’un EPR2 questionné
Suite à la décision de Macron et du lobby électro-nucléaire de se lancer dans la construction de 6 nouveaux EPR nouvelle géné ration, des sites ont été choisis pour leur emplacement, dont celui de Gravelines, dans le département du Nord, au bord de la mer. Or, l’ASN (Agence de sûreté nucléaire), dans un avis du 23 juillet rendu public le 26 octobre, déclare que les propositions faites par EDF pour renforcer les sols sur lesquels vont être posés 2 réacteurs de nouvelle génération à très forte densité, ne sont pas satisfaisantes. D’après les études de cette agence, le système de renforcement du sol proposé est « d’une ampleur sans précédent, d’une grande complexité et sans retour d’expérience représentative en France et à l’international ». A peine annoncé mais encore à l’état de projet, le choix du site est déjà en question ! Cela augure mal de la suite… Rappelons quand même que l’EPR de Flamanville dans la Manche, après de multiples retards liés à une série d’aléas et de problèmes techniques, a encore bien du mal à fonctionner, dix-sept ans après le lancement de sa construction. Que de matière grise et d’argent engloutis dans le développement de cette filière nucléaire, un choix de plus en plus largement contesté. ★
L’histoire du CEA
Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) est créé le 18 octobre 1945 par Charles de Gaulle avec à sa tête Frédéric Joliot-Curie (haut-commissaire à l’Énergie atomique). Cet organisme est destiné à poursuivre des recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notam ment les applications médicales), de l’industrie (électricité) et de la défense nationale. Le Parti communiste français (PCF), dont F. Joliot-Curie est membre, conscient des dangers de l’utilisation de l’énergie nucléaire après Hiroshima et Nagasaki, lance l’Appel de Stockholm contre la bombe atomique En avril 1950, Joliot Curie est révoqué de son poste de hautcommissaire. L’influence du PCF reste forte au sein des employés du CEA qui décident, en 1954, de rédiger une péti tion s’opposant à toute visée militaire. Celle-ci réunit 665 signatures parmi les agents du CEA. Après le départ de Joliot-Curie, le CEA intensifie ses travaux sur les applica tions militaires et civiles de l’énergie atomique. Même si le gouvernement de l’époque n’a pas encore pris offi ciellement la décision de construire une bombe atomique, tout est mis en œuvre pour se doter des moyens de la construire. (Source : Wikipédia)
