Parti Communiste des Ouvriers de France

Occupation de Grenoble Alpes Métropole : 5 mois déjà !
12 avril 2026

La séquence des élections est passée, quelques municipalités ont changé de majorité et la composition du conseil métropolitain est en cours de renouvellement avec une première réunion prévue pour le 24 avril. C’est dans ce contexte qu’un rassemblement avec conférence de presse a été organisé devant les locaux de la Métro, le vendredi 10 avril.  Nous y avons recueilli de nombreux témoignages en complément des interventions d’ADALI, du DAL ou de Médecins du monde qui ont marqué cette conférence de presse.

Mo. :« Sur 150 personnes à reloger, 104 sont déjà rentrées ou vont rentrer prochainement. 46 sont encore sans solution. A Saint Martin d’Hères, nous comptions pourvoir loger plus d’une cinquantaine de personnes dans un ancien hôtel réaménagé. Ce ne sera finalement que 30 hommes seuls avec des dates d’entrée qui n’ont cessé d’être repoussées. La remise des clés est maintenant prévue pour le 24 avril. A Gières, seule une maison, sur les deux escomptées, a été mise à disposition. A Echirolles, les dates d’entrées sont toujours attendues. A Saint Egrève, les travaux de la deuxième maison ne sont toujours pas achevés. A la Tronche, la nouvelle majorité de droite a annoncé qu’elle ne renouvellerait pas la convention d’occupation initiale de 6 mois. Grenoble, ville centre (150 453 habitants en 2025 – 17 000 logements vides) n’accueille que 30 personnes. Fontaine a refusé la convention d’occupation. Saint-Martin-le-Vinoux n’a même pas voulu discuter avec les délégations qui s’y sont rendues. On va continuer à se mobiliser, réunis et solidaires, pour que tout le monde soit relogé et que soit tenu l’engagement de maintenir l’hébergement tant que des solutions pérennes ne seraient pas trouvées. »

« On se bat, c’est ce qui nous permet de tenir »

Al : « Oui, les conditions sont difficiles, 50 personnes dans un espace réduit, avec une seule toilette c’est dur. Ce qui nous aide à tenir ce sont les soutiens : ADALI, le DAL, la CGT, la CNT, les associations. C’est notre organisation pour la cuisine, le ménage, les délégations, la tenue des AG, la préparation des activités…. Nous ne sommes pas restés inactifs pendant tout ce temps. Nous avons fait en sorte de nous rendre visibles : en organisant des rassemblements, des manifestations, des conférences de presse. Nous avons participé et sommes intervenus dans la marche du 18 décembre, lors de plusieurs manifestations du DAL pour le droit au logement et l’application de la loi de réquisition, pour apporter notre soutien aux travailleurs de Teisseire… Nous avons également fait une grande fête à la fin du ramadan, à laquelle nous avons invité tous les soutiens. Tout le monde a été très courageux et il y a une bonne entente entre nous. Quand il y a des tensions, on arrive à bien les gérer collectivement. »

5 mois de mobilisations actives

« Les femmes sont nombreuses dans l’occupation, et très actives. Elles ont la responsabilité de la cuisine -chaque jour pour 150 personnes ! mais pas seulement : elles s’engagent dans les AG, prennent la parole dans les rassemblements et les manifestations, participent à toutes les délégations. »

Des logements pour tous, maintenant !

Mo. : « Le point de départ de cette lutte, ce sont les expulsions de la Place des Géants. Beaucoup des occupants et occupantes de la Métro y vivaient, rackettés par les marchands de sommeil qui y ont investi des logements laissés vacants par le bailleur social Actis. C’est pour ça qu’on a pris contact avec le DAL. La bagarre pour le relogement des 150 personnes de la Métro, participe à une mobilisation plus générale autour de la question du logement : celle des écoles occupées pour que des élèves ne dorment pas à la rue à la sortie des classes ; celle pour l’application de la loi de réquisition engagée par le DAL avec le soutien de nombreuses organisations. 17 000 logements vides, parc privé et social confondus, et autant de personnes à la rue, ce n’est pas possible !  Il y a la responsabilité des bailleurs sociaux qui expulsent sans solution de relogement, de la Préfecture, de la Métropole, des mairies qui se renvoient la balle. »  

Régularisation des sans-papiers !

Al. : « Quand on est sans-papiers en Europe, tous nos droits sont bloqués. Sans titre de séjour, on ne peut pas accéder à un logement social ; On n’a pas droit à une formation. Nous sommes obligés d’accepter des boulots où nous sommes surexploités

Abd. « Si nous avons été amenés à occuper la Métro, c’est parce que nous sommes sans solution, que nos pays d’origine sont traversés par des crises politiques, sociales, humanitaires qui nous obligent à nous exiler. » 

Al. :« On n’est pas des mendiants. On ne veut pas la charité. On n’a pas besoin qu’on nous nourrisse. On veut juste travailler pour vivre dignement : travailler, payer des impôts, avoir des droits sociaux.… Nous savons qu’en Europe tout le monde ne voit pas les choses comme ça. Pour certains nous serions tous des violeurs, des semeurs de merde. S’il n’y avait plus d’immigrés, qui s’occuperait des enfants et des personnes âgées à domicile, qui ferait la plonge dans les restaurants…. On n’est pas là pour tendre la main, on se bat pour vivre »

L’engagement des livreurs à vélo

Les livreurs sont nombreux parmi les occupants et chaque fois le lien a été fait entre l’exploitation de leur travail, le peu de ressources qu’ils en tirent et l’impossibilité d’accéder à un logement dans ces conditions. La conférence de presse du 10 avril a été l’occasion de revenir largement sur leurs conditions de travail et de vie : outils de travail qu’il doivent eux-mêmes acheter, le prix des courses qui ne cesse de baisser, les accidents, le racisme parfois.

Le coordinateur local de Médecins du monde a appuyé en évoquant l’enquête que l’organisation vient de publier en insistant sur « l’urgence sociale et l’urgence de santé publique » qui imposent une amélioration des conditions de travail et des rémunérations et « un statut administratif stable autorisant à travailler ». Chiffres à l’appui, il a rappelé que le métier de livreur et « un métier qui use » : « douleurs fréquentes- dos, épaules poignets- et troubles liés à l’intensité du travail », (…) « l’absence de lieux de repos, l’absence d’accès régulier à des toilettes associés à des troubles urinaires pour 35 % des livreurs… » Mais aussi un métier où « se soigner est souvent hors de portée ». Il a rappelé les causes de ce renoncement aux soins : « d’abord des problèmes de papiers et d’accès aux droits puis le coût, la langue, le manque de temps -parce que le travail à la tâche qu’ils mènent impose de rester connectés sous pression ». Il a dénoncé « une économie de la sous-traitance et de la dépendance » qui ne permet même pas d’assurer les besoins de base et conduisent à des journées de travail interminables, passées parfois « sans prendre un repas faute d’argent ».

 Le Dal a également dénoncé les Uber Eats et Deli­ve­roo qui « refusent de sala­rier les livreurs, tout en les payant au lance-pierre. Ce qui ne leur per­met évi­dem­ment pas de se loger par leurs propres moyens. » Il a conclu la conférence de presse du 10 avril avec cette question : « « Com­ment est-ce qu’on fait pour res­ter calme alors que toutes les com­munes de la métro­pole n’ar­rivent pas à héber­ger rapi­de­ment 150 per­sonnes ? 150 per­sonnes sur 350 000 habi­tants ! »

Témoignages des livreurs, intervention de Médecins du monde et du DAL

La mobilisation se poursuit, pas après pas, avec la ferme détermination de ne laisser personne sans solution.