ORANGE Télécoms : Un « REGAIN » de restructurations ! 10 octobre 2025
La crise est importante dans le secteur des télécommunications.
4 opérateurs se partagent actuellement le marché en France (Orange, Bouygues, SFR, Free).
SFR, en difficultés, envisage de céder tout ou partie de son entreprise, et les 3 opérateurs restants sont en intense concurrence pour racheter SFR. Cela se fera selon l’arbitrage de l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques, des Postes et de la distribution de la presse). A l’ère de l’I.A., le rôle que l’Etat a confié à l’Arcep est de doter le pays « d’infrastructures numériques accessibles partout, pour tous et pour longtemps ».
Pour ce faire, Orange doit prouver sa bonne santé, pour rester leader des télécoms en France, mais aussi pour garantir ses marchés à l’international (Europe et Afrique). Pour 2025, Orange prévoit une progression de 3 % de son EBITDA (1) pour augmenter sa rentabilité et participer au dépeçage de SFR en bonne position (résultats 1 er semestre 2025 :
un EBITDA à 3,8 % correspondant à 5,68 milliards). La concurrence reste violente : pression sur les prix (discount sur les mobiles), faire face aux géants du cloud, garantir les parts de marché, etc.
C’est dans ce contexte qu’Orange Télécom annonce son nouveau plan de restructurations, « modestement » appelé REGAIN, qui vise à renforcer « l’efficacité opérationnelle, la proximité terrain, la simplification des fonctionnements, et le raccourcissement des circuits décisionnels » (2) face à un marché en constante évolution.
Annoncé début juillet en CSE (3) première réunion de procédure en septembre, le plan comprend des réorganisations de taille, à horizon janvier 2026.
« Mutualisation des fonctions » : par le passage de 7 directions métiers et 5 directions territoriales à la mise en place de quatre « directions métiers opérationnelles » (Clients grand public, Clients entreprises, Direction technique, Direction des opérations) pour optimiser « l’expérience client ».
Les fonctions, actuellement en régions, seront centralisées nationalement par ces 4 directions à Paris.
Les 5 entités régionales (Paris, Lyon, Toulouse, Lille, Rennes) passeront à 9 entités plus petites : pour améliorer la performance de proximité et simplifier les circuits.
Plus de 20 000 salariés sur 47 000 en France seront concernés. Modification des métiers, modification des unités d’intervention terrain et des boutiques, changement de hiérarchie et de manager pour plus de 3 000 salariés, et plus de 200 n’auront plus d’activité… Le porte-parole d’Orange affirme dans un article du Monde (4) qu’il n’y aura « ni suppressions de poste ni relocalisation des emplois » et que ce plan va se dérouler dans un « climat constructif » qui entend « privilégier le dialogue »… Des précautions pour minimiser l’énormité du plan et ses conséquences sociales, d’autant que l’entreprise tente de sortir d’une forte turbulence sociale et humaine suite à la vague de suicides (20092010), qui n’a pas été jugulée malgré la mise en place d’un « contrat social ». Orange a mis en place « 500 personnes qui travaillent sur la prévention des risques, plus de 50 médecins, des psychologues, assistantes sociales, ingénieurs sécurité ».
C’est dire l’agressivité des plans Orange et les conditions de travail dégradées.
Malgré ce dispositif, les suicides se sont poursuivis (une trentaine depuis 2023).
Les travailleurs d’Orange ne sont pas dupes. Ils comprennent bien que cette réorganisation va les impacter et qu’elle se fera à leurs dépens. Ils devront à nouveau affronter un climat social tendu. Angoisse pour leur avenir, sentiment d’insécurité pour l’emploi, appréhension des déménagements, des modifications du métier, des changements d’équipe, de hiérarchie… Le plan n’en est qu’à son début, mais les délais sont très courts. Les syndicats, CGT, CFDT, CGC, le dénoncent ; ils accusent tous une volonté de réduire les coûts. Pour la CGT, derrière les mots, la réalité c’est « une annonce de réorganisation de grande ampleur dans un contexte social alarmant », car 67 % des salariés considèrent déjà « être en train de vivre ou s’attendre à vivre un changement indésirable dans leur situation de travail » (5).
A ce jour, les mobilisations contre ce plan n’en sont qu’à leur début. Des mouvements sont à prévoir que nous devrons suivre et soutenir. ★
