Premiers enseignements des résultats des élections municipales. 25 mars 2026
L’analyse plus fine des résultats de ces élections sera faite dans le journal d’avril. Nous donnons ici quelques grandes lignes.
Chaque parti annonce des victoires au terme des deux tours de ces élections qui ont été marquées par des taux d’abstention très élevés : 42,18 % au deuxième tour, plus encore qu’au premier.
Le deuxième tour concernait notamment la quasi-totalité des grandes villes de plus de 100 000 habitants, considérées comme des références pour dégager les grandes tendances politiques. Le phénomène de l’abstention qui s’étend donc à tous les types d’élections, est le signe de la coupure d’une partie importante de la population avec le système de représentation politique et les institutions, notamment dans les milieux populaires. La jeunesse qui s’est mobilisée électoralement dans certains contextes, notamment lors des législatives de 2024, s’est sentie moins concernée par ces élections.
Quoiqu’il en soit, le phénomène d’abstention forte relativise les résultats de tous les partis qui ont présenté des listes.
Le premier tour a mis en lumière quelques tendances :
Le RN confirme son implantation électorale dans les régions du sud est et du Nord, où il gagne des villes petites et moyennes et de petites communes. Il obtient globalement un nombre élevé d’élus municipaux. S’il passe au premier tour à Perpignan (qu’il dirigeait déjà), il a du mal à s’implanter dans les très grandes villes et a échoué à gagner celles qu’il ciblait (notamment Toulon) qui reste LR. La victoire de Ciotti, partenaire du RN à Nice, contre le LR Estrosi, sert d’argument aux partisans au RN, comme Bardella, de « l’alliance des droites ».
LFI a réussi à présenter des listes dans un très grand nombre de communes et confirme son enracinement électoral dans les milieux populaires, dans des secteurs de la jeunesse, sur des positions radicales. La victoire de sa liste dès le premier tour à St Denis ainsi que ses scores élevés obtenus dans les grandes villes, dans le Nord, en sont la démonstration.
Si beaucoup de listes de droite, du PS, ou du PCF qui se présentaient dans le cadre d’alliances diverses, sont élues dès le premier tour dans les villes moyennes, au second tour, la question des alliances, des ralliements, des désistements… a pris une importance majeure pour les grandes agglomérations, où « rien n’était joué » d’avance.
La direction du PS a proclamé haut et fort, le refus de toute alliance nationale avec la FI, tout en laissant une marge de manœuvre localement. Cette tactique opportuniste a creusé les divisions au sein même du PS, et a donné plus d’espace à ceux qui prônent le « tout sauf LFI », au vu des résultats contrastés des listes qui ont fusionné.
La direction de LR a affiché son refus d’alliance avec le RN et a tiré à boulets rouges contre les alliances PS-LFI, tout en laissant ses propres têtes de listes lancer des appels aux électeurs du RN.
Les macronistes qui se sont fait très discrets et se sont bien gardés de se revendiquer de Macron, ont mené la même campagne anti PS-LFI, jusque et y compris Macron lui-même qui s’est permis de mettre en garde contre les « extrêmes », dangers pour la démocratie.
Ce climat d’attaques violentes a eu des conséquences pour le 2ème tour, avec notamment une mobilisation à droite, y compris d’abstentionnistes, qui ont empêché la victoire de plusieurs listes fusionnées.
Mais le premier message que nous retenons des résultats des grandes villes, c’est que dans les cas où le RN pouvait remporter la majorité, notamment avec l’apport de voix de droite, il y a eu un barrage électoral, avec le vote en faveur de la liste susceptible de battre le RN. Un vote « contre le RN », comme ce fut le cas lors du deuxième tour des législatives de 2024, suite à la dissolution de l’Assemblée nationale.
Ce vote « contre » a notamment bénéficié à la liste Payan (PS), à Marseille, où la liste LFI, s’est retirée.
Dans d’autres grandes villes, comme à Toulouse, Strasbourg, Besançon… le « tous contre LFI » a fait gagner la droite. A Toulouse, c’est même le patronat qui a fait campagne contre LFI.
A Paris, où la base électorale du PS est importante, la candidate de droite, R Dati, a été battue : elle paie pour sa trajectoire opportuniste, carriériste et pour le soutien de Macron. Une partie de la droite n’a pas voté pour elle. LFI qui s’est maintenue a vu une partie de son électorat voter pour « dégager Dati ».
A Pau, Bayrou a connu le même sort, ce qui a fait gagner une liste PS qui ne s’y attendait pas…
Ceci dit, il faut noter que dans de nombreuses villes, les listes qui réunissaient toutes les composantes de la gauche, ont gagné contre la liste de droite. C’est le cas à Lyon, à Grenoble, Nantes et même Rennes, où LFI a maintenu sa liste au deuxième tour.
Notre parti n’a pas participé à cette campagne, mais il a donné son analyse des enjeux et donné des consignes concrètes.
Celles que nous avons synthétisées pour le deuxième tour disaient :
« Faire barrage à l’extrême droite, quand celle-ci peut gagner le deuxième tour.
Mais pour faire barrage à l’extrême droite, il n’est pas question de voter pour une liste de droite, y compris une liste où la droite part avec le PS. Dans ce cas, abstention.
Faire barrage à la droite soutenue par l’extrême droite, quand la droite peut gagner les élections. Dans ce cas, appel à voter pour la liste de gauche en capacité de gagner (et pas seulement d’avoir des élus), en particulier quand la gauche est unie.
Dans tous les cas, quel que soit le résultat du deuxième tour, la défense des intérêts ouvriers et populaires, de la jeunesse, des couches populaires particulièrement touchées par la politique d’austérité… passent par la lutte, les mobilisations pour les imposer. »
Cette conclusion s’impose plus que jamais !
