Saccage du « tata sénégalais » de Chasselay 18 février 2025
« Tata »» signifie en langue wolof « enceinte de terre sacrée ». C’est le nom donné au cimetière militaire de Chasselay dans le Rhône. 196 sépultures : 194 pour des « tirailleurs sénégalais » issus de toutes les colonies françaises d’Afrique ; 2 pour des légionnaires russes et albanais. Fin janvier, des dizaines de plaques ont été dégradées. Un acte odieux qui fait écho au massacre de juin 1940 perpétré à la veille de l’armistice que Pétain allait signer avec Hitler, le du 22 juin !
Le 14 juin 1940, l’armée allemande était entrée dans Paris. Le 17 juin 1940, Pétain avait appelé à « cesser le combat ». Mais au Nord de Lyon, quelques unités de l’armée, parmi lesquelles le 25e Régiment de Tirailleurs Sénégalais tenteront jusqu’au bout de freiner l’avancée des troupes hitlériennes qui entreront finalement à Lyon le 19 juin 1940.
Le 20 juin, tous les soldats africains qui ont été fait prisonniers sont fusillés et achevés sous les chenilles des chars, tandis que les officiers européens sont emprisonnés à Lyon. Dans les jours qui suivent, ceux qui avaient pu échapper au massacre et qui pour certains avaient été cachés et soignés chez des habitants sont activement recherchés. Une fois capturés, ils sont tués, brulés vifs et ou exhibés en trophées.
Un crime de guerre ouvertement raciste que documentent les travaux de Julien Farguettas et de Babtiste Garin !

Soldats du 25e Régiment de Tirailleurs Sénégalais, massacrés le 20 juin 1940, à Chasselay, près de Lyon, par les militaires de la 10e Panzerdivision. Tiré de l’album photos d’un soldat allemand retrouvé par Baptiste Garin

La profanation de ce « tata sénégalais » intervient dans un contexte où le parti néonazi comme l’AFD allemande est ouvertement sponsorisé par les fascistes qui entourent Trump. Les activistes d’extrême-droite se sentent encouragés à passer aux actes ! Comme l’écrit un collectif d’historiens dans une tribune publiée par Le Monde du 9 février, s’en prendre à ce cimetière, c’est « marcher dans les pas des bourreaux de 1940 ».
Cela relève d’une volonté d’effacer le rôle qu’ont joué dans la guerre contre l’Allemagne nazie les soldats recrutés dans les colonies d’Afrique noire et du Maghreb. Une reconnaissance que l’impérialisme français lui-même leur a longtemps refusée, comme en témoignent les massacres de Thiaroye en décembre 1944 ou de Sétif en 1955.
Pour plus d’informations sur le saccage du tata sénégalais de Chesselay, nous renvoyons à l’article de William Robin-Detraz, paru sur le site histoire coloniale et néocoloniale : histoirecoloniale.net
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