Stellantis et la crise dans l’automobile 12 novembre 2025
Le site industriel de Stellantis/ Poissy dans les Yvelines est le dernier site industriel de production automobiles en Ile-de-France après l’arrêt des chaînes de montage de ceux de Renault/Billancourt en 1992, de PSA/Aulnay en 2014 et de Renault/Flins en 2024.
Si l’assemblage de la Mokka et de la DS3 est encore programmé jusqu’en 2028, les trois semaines de chômage technique qui viennent d’être imposées aux ouvriers et la possible vente de 40 hectares sur les 140 que compte le site pour construire un stade de football viennent renforcer la rumeur persistante d’une fermeture programmée.
Stellantis, quatrième constructeur automobile mondial (Peugeot, Citroën, Fiat, Chrysler, Jeep, Dodge…), a dévoilé mardi 14 octobre un plan d’investissement massif de 13 milliards de dollars aux EtatsUnis. Le constructeur vise à augmenter de 50 % sa production dans ses usines de l’Illinois, l’Ohio, l’Indiana et le Michigan… La menace d’une augmentation des droits de douane (jusqu’à 100 %) brandit par D. Trump pour tout véhicule non produit sur le sol américain, pousse Stellantis comme d’autres constructeurs à l’image de General Motors à investir massivement aux Etats-Unis.
La guerre économique pour capter un maximum d’investissements disponibles et nécessaires à la modernisation des chaînes de production et récupérer des parts de marchés bat son plein alors que les parkings-sortie d’usines partout dans le monde (y compris en Chine) sont pleins.
Les voitures électriques vendues par les constructeurs notamment européens restent hors de prix, y compris pour la catégorie de la population dite « classe moyenne ». Une véritable crise de surproduction est en train de gagner l’ensemble du secteur de la production automobile qui, par effet domino, va toucher nombre de sous-traitants, déjà sérieusement impactés par le passage du moteur thermique au moteur électrique.
C’est dans ce contexte que Stellantis a annoncé la suspension temporaire de la production dans ses usines de Mulhouse (68) du 27 octobre au 2 novembre; dans celle de Sochaux (25) pour plusieurs jours en octobre; et dans celle de Poissy; ainsi que dans cinq autres usines en Europe :
celle de Pomigliano en Italie pendant quinze jours ; celles de Saragosse et Madrid en Espagne, pour respectivement sept et quatorze jours ; celle de Tychy en Pologne pendant neuf jours, et celle d’Eisenach en Allemagne pendant cinq jours.
Pour l’ensemble des salariés concernés, ce sont plusieurs jours de chômage partiel et donc de perte de salaire et un avenir incertain. Le mot à la mode est au « compactage » des activités, c’est-à-dire à la réduction des superficies des sites pour des économies d’énergie et toujours plus de productivité.
Sur les sept premiers mois de l’année, Stellantis a vu ses ventes en Europe baisser de 10 % par rapport à la même période en 2024.
Cet arrêt simultané de la production dans plusieurs usines automobiles dans différents pays d’un même groupe n’est pas fréquent. Il illustre l’ampleur de la crise à laquelle sont confrontés ces géants de l’automobile. Ils sont tout à la fois contraints de faire des milliards d’investissement pour pouvoir produire des voitures électriques afin de faire face notamment à la concurrence chinoise, et en même temps sont obligés de maintenir un certain nombre de capacités de production sur la base du moteur thermique pour rester présents sur les marchés en Asie du Sud-Est et en Afrique (Stellantis vient de doubler la production de son usine de Kénitra au Maroc). Et, y compris aux Etats-Unis où, même si Tesla détient quasiment la moitié du marché américain des véhicules à batteries, pour D. Trump, le champion de l’extraction fossile, « la voiture électrique est une sorte d’hérésie ».
Tous les groupes automobiles aujourd’hui redemandent à l’Union européenne de revenir sur l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur thermique initialement prévue en 2035.
C’est Luc Chatel, le Président de la Plateforme automobile en France qui vient de déclarer :
« La vérité, c’est que malgré les investissements gigantesques, malgré les “gigafactories” de batteries, malgré cette innovation inouïe, malgré toute cela, le 100% électrique en 2035, on n’y arrivera pas ».
« On n’y arrivera pas », car le marché ne suit pas. Il ne suit pas, vu le niveau des prix de monopoles pratiqués par les constructeurs concernant les voitures électriques, d’une part, et vu l’effondrement des capacités de consommation de la population, d’autre part.
La vente de voiture électriques ne représente que 16 % du marché dans l’Union Européenne, même si elle est passée à 24 % en octobre en France. ★
