Stellantis investit 60 milliards d’euros pour se relancer ! 10 juin 2026
Le 21 mai 2026, un an quasiment jour pour jour après sa nomination à la tête du monopole automobile Stellantis, à la place de Carlos Alvarez, Antonio Filosa a annoncé à Détroit (Michigan) un plan stratégique pour le groupe de 60 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans. Le but : « accélérer sa croissance et sa rentabilité » ainsi que la diminution des capacités de production en Europe de « plus de 800 000 unités » d’ici 2030.
A. Filosa a salué en son temps le « Big beautiful bill » de Trump qui a supprimé les objectifs en matière d’émissions de CO 2 fixés par J. Biden et les aides pour l’achat de voiture à moteur électrique. Cela « nous donne plus de flexibilité pour avoir un mix de ventes de voitures thermiques et électriques à même d’optimiser nos marges ». En clair, répondre aux demandes du marché d’Amérique du Nord, privé par A. Tavarez du moteur thermique Hemi V8, de sa Jeep Cherokee ou de son Charger Dodge de chez Chrysler… La nomination de ce nouveau « Chief Executive Officer » (CEO) à la tête de Stellantis est dans la continuité de son ancien mandat de « Chief Operating Officer » (COO) pour l’Amérique du Sud où « la marque FIAT est devenue leader du marché sud-américain, et les marques Peugeot, Citroën, Ram et Jeep s’y sont considérablement développées » et où « Stellantis a renforcé son leadership clair, dans la région » comme le souligne le communiqué du groupe suite à la nomination d’A. Filosa.
Le 21 mai 2026, A. Filosa a indiqué que 60 % des investissements annoncés seraient concentrés en Amérique du Nord, qui représente un quart des ventes du groupe (le marché européen compte pour 45 %), mais où toutes marges confondues d’ici 2030 seraient de l’ordre de 8 à 10 %, alors qu’elles ne dépasseraient pas les 5 % en Europe.
Dit autrement, le groupe viserait une hausse de son chiffre d’affaires de 25 % en Amérique du Nord contre 15 % en Europe.
Cette nouvelle orientation stratégique ouvertement pro-nord-américaine du groupe Stellantis n’a pas manqué de faire grincer quelques dents en interne notamment chez une partie de la famille Peugeot, actionnaire de Peugeot Invest, la holding familiale cotée en bourse, comme au sein de l’État français, actionnaire à hauteur de 6 % de Stellantis via la banque BpiFrance.
D’autant que, dans le même temps, Stellantis relançait son partenariat avec le groupe automobile chinois Dongfeng group pour « poursuivre l’expansion de leur partenariat de trente-quatre ans, avec l’intention de créer une coentreprise basée en Europe dédiée aux activités de ventes, distribution, production, achats et ingénierie des véhicules à énergies nouvelles de Dongfeng avec un premier focus sur des marchés européens ciblés » .
Rien d’étonnant à cette alliance monopolistique dans la mesure où Dongfeng est effectivement le partenaire de PSA (à l’origine de Stellantis) depuis 1992 et est monté au capital du groupe en 2014 aux côtés de l’État français, quand le groupe était au bord de la faillite.
L’usine de Rennes-La Janay, qui vient de sortir de plusieurs jours de chômage partiel, a été choisie pour accueillir cette « coentreprise » et produira en plus du SUV C5 Aircross de Stellantis, la Voyah électrique haut de gamme de Dongfeng. Ce qui n’est pas sans poser beaucoup d’interrogations chez les ouvriers.
En contrepartie, Dongfeng produira à Wuhan en Chine des Peugeot et des Jeep destinées au marché chinois puis à l’export.
Avec ces différentes annonces, A. Filosa vient de confirmer, le 2 juin, un investissement d’un milliard d’euros pour produire à Mulhouse (Haut-Rhin) trois nouveaux modèles Peugeot électriques ou hybrides à partir de 2029. E. Macron, tout au succès de son « Choose France », avait eu la primeur d’annoncer la nouvelle.
Sur le milliard annoncé, cinq cent millions serviront à développer la plateforme « STA One », une architecture technique mondiale et modulable qui servira d’ici à 2030 à la production de plus de trente nouveaux modèles de différents gabarits et motorisations et qui remplacera cinq plateformes actuelles du groupe.
Un investissement qui dépasse celui d’une simple structure destinée à accueillir un véhicule, puisque conçue pour servir de base aux futurs logiciels et à l’électronique embarquée ainsi qu’aux nouvelles fonctions numériques comme celle qui vise à remplacer par une commande numérique la liaison mécanique traditionnelle entre le volant et les roues… sans oublier la batterie LFP (lithiumfer-phosphate) de 800 volts.
Après le lourd déficit de 22,3 milliards d’euros annoncés pour 2025, Stellantis met plus de 60 milliards sur la table (!?!), relance ses alliances stratégiques notamment avec les constructeurs chinois, réinvestit dans le moteur thermique pour le marché nord-américain et perfectionne ses moyens de production (la plateforme STA One) pour gagner en productivité et flexibilité dans la fabrication de la voiture électrique destinée au marché européen.
En fonction des résultats, les actionnaires du groupe se sont engagés à verser à A. Filosa 23 millions de dollars annuels en 2028 ! ★
