Parti Communiste des Ouvriers de France

Stellantis : L’échec du « tout-électrique »
10 mars 2026

« Stellantis a confirmé un lourd déficit en 2025, en dévoilant une perte nette de 22,3  milliards d’euros, due à des charges exceptionnelles de 25,4  milliards d’euros liées au changement de stratégie du groupe » (1) indique le secteur bancaire, faisant référence à l’annonce du groupe le 6 février 2026 (2).

Comment se décline cette nouvelle stratégie ?

En 2021, la fusion Fiat Chrysler avec Peugeot-Citroën donne naissance à Stellantis. Elle apporte au groupe des marques américaines prestigieuses (Jeep, Ram et Dodge). A ce moment là, le PDG, Carlos Tavares, met en place la stratégie pour viser le tout électrique. Les politiques environnementales aux Etats-Unis et en Europe légiféraient sur la réduction des émissions de CO². Objectif de Stellantis : 50 % de ventes en électrique d’ici 2030 aux Etats-Unis et 100 % en Europe.

La situation aux Etats-Unis était très favorable : la loi de l’administration Biden, « l’Inflation Reduction Act », accordait des aides importantes à la construction des moteurs électriques ou hybrides, pour favoriser les investissements « verts ».

Avec l’administration Trump, le rêve américain de Stellantis du tout-électrique s’écroule. Trump y met fin en assouplissant la législation en matière de baisse des émissions. Cette décision impacte tous les grands de l’automobile aux Etats-Unis (Ford, GM, Volkswagen…) qui accusent tous des dépréciations. Force est de repasser aux modèles les plus rentables, dont le thermique.

Côté vieux continent, la législation européenne reste plus ferme et confirme, le 16  décembre  2025, l’objectif d’aboutir à 90  % (initialement 100 %) de vente de véhicules à zéro émission en 2035. Les constructeurs sont poussés à développer des hybrides rechargeables ou bien des voitures électriques à prolongateurs d’autonomie, technologies s’adaptant surtout aux véhicules haut de gamme et demandant des investissements importants. La concurrence à ce niveau est féroce (BMW, Mercedes, Volvo, le chinois XPeng).

Stellantis est impacté par la législation européenne sur le segment des véhicules utilitaires légers (sur lequel il est leader), car le temps pour l’électrification est plus long et demande également de nouveaux investissements.

La revente des véhicules électriques sur le marché de l’occasion (principalement ceux du marché du leasing) se fait mal  : ces véhicules restent chers. Face à la paupérisation des populations, la tendance est de garder le plus longtemps possible les véhicules actuels, quelle que soit la motorisation.

Le problème récent des airbags Takata a également impacté les ventes du groupe.

En mai 2025, Stellantis réagit à cette situation en nommant un nouveau PDG, Antonio Filosa, qui a fait une grande partie de sa carrière dans le groupe où il a occupé divers postes de direction. Sa mission : reconquérir les parts de marché du groupe, et pour ce faire le nouveau PDG prend des mesures drastiques.

Sa nouvelle stratégie vise « à placer la liberté de choix, grâce à une offre élargie de véhicules électriques, d’hybrides et de moteurs thermiques de pointe, au cœur des priorités de l’Entreprise  » . Elle demande des investissements énormes.

Une provision de 22 milliards d’euros est décidée pour remonter la pente et pallier les conséquences de « l’impact d’une surestimation significative du rythme de l’électrification, qui nous a éloignés des besoins, des moyens et des préférences réels de nombreux clients ».

Les Etats-Unis : le cœur de sa stratégie

13 milliards de dollars seront investis sur quatre ans aux Etats-Unis pour profiter du changement de cap de la politique américaine, de la législation plus souple sur les émissions, et pour être du bon côté des droits de douane. Le centre de gravité économique et décisionnel sera désormais à Détroit (Minnesota), où le PDG s’est installé.

Les moteurs thermiques bien plus rentables sont relancés (pick-up), sans abandonner complètement l’électrique (projet d’une voiture sportive). Des investissements importants sont également décidés pour la recherche technologique et la qualité (recrutement de 2000 ingénieurs).

Stellantis restructure également sa production de batteries, très coûteuse, cédant sa société canadienne à son partenaire coréen (LG Energy Solution).

En Europe, la voiture électrique reste l’objectif. Mais pour faire remonter les ventes, la politique du groupe est de renoncer à une partie de ses marges, l’objectif étant avant tout de vendre. ★