Sur les événements à Lyon 10 mars 2026
Le contexte
Lyon est depuis des années une ville où des groupuscules néofascistes revendiqués sont particulièrement actifs et violents. Rue89 Lyon a recensé plus d’une centaine d’agressions et d’actes haineux qui leur sont imputables entre 2010 et 2025 : attaques contre des médias locaux (Radio Canut en 2017 et 2018), contre la libraire libertaire La Plume noire (en 2016, 2020 et 2021), contre le local du PCF (en 2013 et 2018), contre un bar antifasciste et des lieux culturels comme La maison des passages attaquée en 2023… A cela s’ajoute les provocations contre les manifestations syndicales ou les initiatives de solidarité avec la Palestine, les agressions contre des militants de gauche, des militants associatifs ou antifascistes, des personnes et associations LGBT et des étrangers.
C’est dans ce climat, et en réponse à ces violences de l’extrême droite, que se sont constitué divers groupes antifascistes, dont la Jeune Garde.
Cette séquence a des conséquences qui vont au-delà de la seule question des alliances électorales pour les prochaines municipales.
Le fait de mettre sur le même plan les groupes néofascistes et les antifas car « violents » n’est pas une question de classification, mais un pas supplémentaire dans l’acceptation d’organisations néofascistes comme des organisations ayant des positions qu’il faudrait tolérer. Pour le gouvernement, prôner le racisme, la suprématie d’une race sur les autres, faire l’apologie du nazisme n’est plus un crime, mais des « opinions », certes critiquables, mais qu’il ne faut pas sanctionner.
Une des jeunes femmes accusées publiquement par la responsable de Némésis invitée sur les médias Bolloré, d’avoir été présente à l’action, se trouvait à des milliers de kilomètres : sa famille a été l’objet d’un cyberharcèlement.
Une minute de silence à l’Assemblée nationale pour un militant néofasciste
Le 17 février, à l’initiative d’Éric Ciotti, ex-LR allié au RN, l’Assemblée nationale a été invitée par sa présidente, la macroniste Yaël Braun-Pivet, à observer une minute de silence en hommage au « jeune Quentin », mort à Lyon le 12 février à l’issue d’une rixe avec des « antifas ». Au prétexte que « personne ne devrait mourir pour ses idées », son appartenance à la mouvance néofasciste a, alors, été complétement occultée. Un CV d’ultra-droite Les images du tabassage du militant néofasciste au terme duquel il a succombé ont été passées en boucle pour en faire la victime d’une embuscade des « antifas » alors qu’il était soi-disant venu « protéger les jeunes femmes » qui voulaient déployer une banderole devant la conférence que l’eurodéputée LFI Rima Hassan donnait à Sciences Po Lyon, à savoir, les militantes de Némésis. Ses ami.e.s, qui ont été largement interviewés dans tous les médias – en boucle dans ceux de la sphère Bolloré – l’ont présenté comme un jeune étudiant pacifiste, nouveau converti au catholicisme, un vrai enfant de chœur « engagé pour le bien commun ». La réalité, qui était déjà connue au moment de la minute de silence et qui, pour finir, n’a plus pu être cachée, est pourtant bien différente. Ce jeune néonazi était un élément actif de la mouvance identitaire lyonnaise. Il a été membre d’Audace Lyon (qui a pris la suite du Bastion social et de Lyon populaire après leur dissolution), de l’Action française, d’Academia Christiana, et avait finalement créé son propre groupe Allobroges-Bourgoin.
Les faits
Il n’a pas été victime d’un « guetapens » et ne se trouvait pas par hasard aux abords de Sciences Po Lyon. Les fachos lyonnais ont en effet l’habitude du coup de force contre les conférences autour de la Palestine. Quant aux militantes de Némésis, groupe identitaire pseudo-féministe qui fait des étrangers des agresseurs sexuels par essence, il est, lui aussi, coutumier des provocations. Une enquête d’un journaliste de l’Humanité fait état d’échanges mails sans ambiguïté entre un responsable d’Audace Lyon et une responsable de l’antenne lyonnaise de Némésis (Cf. L’humanité du 23/02/2026) : « On peut être deux ou trois filles à tracter là où vous voulez les choper. Un peu pour faire l’appât… » Franchement faites l’action… Et on sera là. » Après la diffusion en boucle de la vidéo où l’on voit des militants de la Jeune Garde frapper violemment l’activiste d’extrême droite, d’autres images ont fini par sortir. Une vidéo du Canard enchaîné reprise sur divers médias contredit la fameuse thèse de l’embuscade contre un homme seul. Elle montre un groupe d’une quinzaine de militants identitaires s’affronter violemment avec un groupe d’antifas. On les voit frappant avec des objets contendants et utilisant des fumigènes, quelques minutes avant les coups portés contre Quentin Deranque et près du lieu où il s’est effondré. ★
Némésis : des néofascistes, pas des féministes !
Comme le dénonce le collectif Grève féministe , 8 mars 2026, dans un tract, « Némésis, hors de nos manifestations ! Le féminisme d’extrême droite n’existe pas ». Il souligne que « depuis des années, des groupes de femmes d’extrême droite, principalement Némésis, perturbent volontairement les mobilisations féministes (…) Elles sont accompagnées par un service d’ordre violent (…).
A Paris, depuis 3 ans, la préfecture de police non seulement les autorise à défiler derrière nos cortèges, mais les protège en les encadrant ». Le collectif a engagé une action auprès du ministère de l’Intérieur, pour qu’il interdise à Némésis d’appeler à participer aux manifestations du collectif. Némésis a annoncé qu’elle n’appelait pas à ces manifestations, tout en annonçant qu’elle organisera sa propre manifestation.
Les « antifas »
Les groupes antifascistes – qui s’identifient comme « antifas » –, sont nombreux et divers à Lyon. Comme le font remarquer des militants de gauche interviewés par des médias qui ne sont pas proches de ceux des Sterin et autre Bolloré, les antifas ont réussi à faire reculer la présence des néonazis, mais les affrontements sont nombreux. Plusieurs mouvements qui se réclament de l’antifascisme inscrivent leur démarche dans la lutte contre la fascisation, un terme qui est de plus en plus repris. Ils font le lien entre la montée électorale de l’extrême droite, le rôle que jouent les groupes médiatiques contrôlés par des millionnaires d’extrême droite (Bolloré, Sterin…), l’activisme croissant des groupes néofascistes, le racisme systémique et l’impunité policière, la banalisation de l’extrême droite et la reprise de ses thèmes dans le débat public, la politique de plus en plus répressive du gouvernement contre la contestation sociale, dans le contexte de guerres réactionnaires et de participation de l’impérialisme français. Certains de ces mouvements ont une démarche « ouverte », cherchant à rassembler largement les personnes et les groupes, sans exclure les partis politiques, sur des questions concrètes, qui pointent le système capitaliste.
