Système de combat aérien du futur, le SCAF a du plomb dans l’aile 12 novembre 2025
Ce projet avait été lancé en 2017, par le président de la République, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel.
Symbole du renouveau des relations entre Paris et Berlin, il devait être aussi le socle d’une possible Europe de la défense.
L’Espagne a rejoint le programme en février 2019 et la Belgique a obtenu, en avril 2024, un poste d’observateur devant lui permettre d’intégrer le projet dans un second temps.
Cet avion du futur devrait remplacer à l’horizon 2040 le Rafale (de Dassault Aviation) et l’Eurofighter (d’Airbus, BAE Systems, Leonardo).
Cet appareil serait interconnecté à un essaim de drones, pouvant mobiliser des armements sur terre et en mer grâce à un « cloud de combat ». Coût total estimé : 100 milliards d’euros.
Huit ans plus tard, après trente-six mois de travaux d’études, près de 2 000 ingénieurs mobilisés sur les plans de cet avion de chasse nouvelle génération et 3 milliards d’euros de dépenses, le projet piétine, paralysé par des querelles entre les industriels engagés dans le projet, notamment Dassault et Airbus, et des divergences de vue entre les Etats partenaires.
Du côté des industriels, Dassault, maître d’œuvre pour l’avion, exige de contrôler la sous-traitance afin de protéger ses secrets, et, expliquet-il, ceux de la France sur le volet nucléaire. En face, l’Allemagne et l’Espagne – dont les intérêts sont portés par Airbus – veulent des retombées pour leurs bureaux d’études et leurs usines.
Du côté des Etats (notamment la France et l’Allemagne), il existe des divergences touchant à la question de la souveraineté, notamment concernant la dissuasion nucléaire. Le Rafale, avion 100 % français, donne à la France sa pleine souveraineté dans la dissuasion nucléaire. Le SCAF apporterait-il la même garantie ? Les deux pays ont aussi des besoins différents. Pour la France, le SCAF devrait pouvoir atterrir et décoller sur le porte-avions de nouvelle génération, comme le Rafale le fait actuellement sur le Charles-de-Gaulle.
Cela suppose un avion facile à manœuvrer et léger.
L’Allemagne, elle, n’a pas besoin de version navalisable. Elle peut donc se permettre d’avoir un avion plus lourd, capable d’embarquer plus d’armement. Cela supposerait donc de développer deux versions.
Les deux partenaires de la France menacent d’aller voir ailleurs et, désormais, Paris se dit prêt à voler en solo.
« Si l’on ne parvient pas à trouver d’accord sur une réorganisation du programme, la France saura faire un avion de chasse seule », a indiqué, mercredi 24 septembre, un « responsable » français à l’AFP, sous le couvert de l’anonymat. Une ligne défendue par Eric Trappier, le PDG de Dassault :
« On sait faire de A jusqu’ à Z. » Comme le fait remarquer le journaliste du Monde dans son article sur le sujet, si la France doit financer seule ces développements lourds, elle le fera au détriment d’autres dépenses.
La phase 2 du projet qui vise à fabriquer un démonstrateur doit débuter en 2026. Des négociations entre les représentants des Etats doivent se tenir avant la fin de l’année pour prendre une décision. ★
