Parti Communiste des Ouvriers de France

Tours : « Le colonialisme nuit gravement à la santé »
12 février 2026

La soirée du 29 janvier au cinéma Studio à Tours a laissé une forte impression sur la centaine de personnes du public. Elle se tenait dans le cadre du CNP, Cinéma National Populaire qui organise, avec les associations locales, des soirées débats sur des sujets de société.

Pour cette nouvelle manifestation, le Collectif 37 «  Notre Santé en Danger » et le Collectif de Solidarité Kanaky 37 avaient choisi de concert le thème  : «  Le colonialisme nuit gravement à la santé  », s’appuyant pour illustrer le propos de la pollution au chlordécone en Martinique et Guadeloupe.

L’intoxication à ce pesticide destiné à lutter contre le charançon dans les bananeraies a fait, et continue de faire, de très nombreuses victimes en Martinique et Guadeloupe. La représentante du Collectif des Ouvriers Agricoles et de leurs ayants droits (COADEP) en France, Lilith, avait fait le déplacement jusqu’à Tours pour exposer et répondre aux questions sur cet empoisonnement à grande échelle.

Le film  «  Décolonisons l’écologie  » de Cannelle Fourdrinier a permis de replacer ce scandale dans son contexte historique, avec la fin de l’esclavage (aboli officiellement en 1848), mais où va se perpétuer le mépris et la surexploitation des descendants d’esclaves.

Le chlordécone a été utilisé en Martinique et Guadeloupe de 1972 à 1993 au moins, alors que sa nocivité était connue. Sa production et son utilisation ont été interdites en 1975 aux États-Unis, mais les propriétaires békés des Antilles ont fait pression sur les gouvernements de la métropole pour continuer à le fabriquer et à l’utiliser. Les travailleurs-euses dans les bananeraies le répandaient sans aucune protection, à mains nues, parfois la tâche incombait aux enfants.

Le témoignage de deux ouvrières dans le film était particulièrement poignant. Surexploitées, des conditions de travail très proches de celles de l’esclavage, des journées pas toutes payées, elles pouvaient transporter jusqu’à 120 régimes de bananes de 50 kg par jour. Comme le propriétaire avait aussi la boutique, à la fin de la semaine, leur salaire était retenu pour payer les dettes.

Pour l’augmentation de leurs salaires et l’arrêt de l’utilisation de ces pesticides toxiques, les ouvrier.es agricoles ont impulsé une grande grève en février 1974, suivie par l’ensemble des travailleurs. La répression coloniale fut féroce. Elle fera 2 morts. La mobilisation a malgré tout continué.

Des augmentations de salaires seront finalement arrachées le 19 février 1974.

Cet épisode, le massacre de la Saint-Valentin à Chalvet, est commémoré chaque année en Martinique comme symbole de la répression coloniale.

En amont de la soirée, deux expositions était accrochées dans le hall des Studios.

L’une sur le chlordécone, retraçant la chronologie de cet empoisonnement, l’autre sur la Kanaky-NouvelleCalédonie illustrant ce même mépris du colonisateur français pour la population autochtone et l’environnement du pays (qui abrite une faune et une flore dont 76 % sont endémiques). La découverte et l’exploitation des mines de nickel ont provoqué une déforestation sauvage, un saccage des terrains et la pollution des eaux.

Pour nombre de participants, cette soirée a été vraiment éclairante sur la nature du colonialisme français, comme elle a permis de dénoncer l’impérialisme français pas plus «  éthique  » ni hier ni aujourd’hui que ses concurrents. N’hésitant pas à utiliser la violence coloniale dans tout ce qu’elle a d’abjecte pour refuser aux peuples de ses (encore) colonies l’accession à l’indépendance, comme le montre la féroce répression en Kanaky lors de la révolte de mai 2024.

Après le non-lieu rendu en 2023 dans le procès du chlordécone pour établir les responsabilités de ce scandale sanitaire et suite à la contestation des parties civiles, la Cour d’appel de Paris rendra sa décision le 23 mars 2026 concernant la demande de réouverture d’enquête. Litith a lancé un appel pour participer à la mobilisation à Paris, le 4 avril, contre tous les pesticides et notamment le chlordécone. ★



Aujourd’hui, 95  % de la population de Guadeloupe et 92  % de celle de Martinique sont contaminés par le produit, ainsi que l’eau, les sols, les animaux et végétaux.

La Martinique est «  championne du monde  » des cancers de la prostate. La molécule est aussi un perturbateur endocrinien, toxique pour le système nerveux, reproductif et hormonal. Si les femmes sont aussi touchées, il manque des études pour en documenter l’ampleur chez cette catégorie de la population.

La pollution pourrait durer 500 à 700 ans, la molécule étant très stable.