Parti Communiste des Ouvriers de France

Un budget d’austérité, voté grâce au PS
12 février 2026

La longue séquence du budget – quatre mois ! – s’est terminée sur trois motions de censure, qui n’ont pas abouti. Le budget de l’Etat a donc fini par être voté, même si la version présentée comporte des erreurs, connues du gouvernement et des élus. Qu’à cela ne tienne, l’essentiel était de pouvoir montrer que le pacte conclu entre Lecornu et le PS a tenu jusqu’à la fin, et que l’orientation générale de ce budget, faire payer aux masses populaires tout à la fois la dette de l’Etat, la crise et la militarisation, soit maintenu.

Le PS se vante d’avoir obtenu, en échange de son engagement à ne pas censurer le gouvernement, quelques aménagements d’un budget marqué par d’importantes restrictions financières qui se font sentir jour après jour. Même dans l’éducation, cheval de bataille du PS, des postes disparaissent. Il en va de même pour la santé, le logement social, les transports publics… Les « concessions » faite au PS sont à la marge : « c’est un peu moins pire » que la première version qui rabotait tous les budgets et taxait davantage les salariés.

Il y a quelques baisses moins fortes, sur lesquelles Lecornu et ses amis socialistes, ont beaucoup communiqué, mais ce sont toujours des baisses. Par contre, le budget de guerre, c’est 6,7  milliards en plus (par rapport à 2025), pour atteindre 57,1  milliards. La haute hiérarchie militaire peut compter avec un sousmarin nucléaire, 242 véhicules blindés et 4 systèmes de missiles solair supplémentaires. La « sécurité » (police, gendarmerie, ministère de l’intérieur…) connaît également une hausse (371  millions en plus) pour un budget de 17,7  milliards. Des moyens de communication et des véhicules supplémentaires. Ensemble, ces deux budgets dépassent celui de l’éducation nationale 64,5 milliards).

Nous n’allons pas détailler chaque poste : les articles dans ce journal le font pour certains.

Le rôle que le PS a décidé de jouer dans cette séquence du budget de la Sécu et du budget de l’Etat, l’a remis au premier plan, en tant que parti « de gouvernement », « responsable ». Mais cela a aussi renforcé la défiance, notamment chez les militants, jeunes et moins jeunes, chez les travailleurs … vis-à-vis de ce parti prêt à toutes les compromissions pour être aux affaires et qui a joué un rôle essentiel, mais pas unique, dans l’explosion du NFP. Sa volonté de marginaliser LFI, en en faisant un épouvantail, mêlant ses attaques à celles des macronistes, de la droite et de l’extrême droite, a des conséquences, notamment dans les alliances à géométrie très variable, en vue des municipales, d’autant que, dans de nombreux cas, LFI a d’entrée décidé de « faire cavalier seul ».

L’offensive réactionnaire va se poursuivre

Macron trouve chez Lecornu un premier ministre qui ne lui fait aucune ombre, prêt à faire passer les projets de loi par tous les moyens et à passer des accords pour y parvenir. S’il a privilégié les accords avec le PS pour le budget, c’est davantage vers la droite qu’il s’oriente aujourd’hui, dans le but de «  durer  » le plus longtemps possible.

C’est aussi dans ce contexte que certaines catégories montent au créneau pour imposer leurs exigences. Les médecins libéraux ont fait reculer le gouvernement sur les mesures qu’il voulait imposer, notamment celles pour limiter les dépassements d’honoraires, qui explosent. Les représentants de l’agrobusiness relancent l’offensive pour lever les interdictions de pesticides et multiplier les bassines… trouvant des élus pour proposer des textes de lois dans ce sens. Le sénateur Duplomb, à l’origine déjà d’une telle loi, rejetée par une grande partie de l’opinion en été, revient avec un texte encore plus provocateur. Depuis que Lecornu et A. Genevard, la ministre de l’agriculture, ont repris les revendications de la FNSEA au moment de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (1) et que Macron a repris ses arguments sur le Mercosur, c’est ce syndicat qui représente les intérêts des grands exploitants et de l’agrobusiness qui tient la plume du gouvernement.

Lecornu a déjà annoncé préparer pour les prochains mois, une loi d’orientation agricole qui ira dans le sens de la FNSEA. C’est aussi dans ce climat que le patronat a lancé sa provocation sur l’emploi des jeunes, avec une nouvelle version de «  contrat première embauche », qui pousse encore plus loin la précarisation des jeunes.

Brutalisation de l’exploitation capitaliste, sur fond de militarisation

Cette provocation est le signe de la «  brutalisation  » de l’exploitation capitaliste, qu’on constate dans tous les Etats capitalistes impérialistes.

Le patronat en France revendique l’exemple « italien » de Meloni, pour justifier sa proposition sur le contrat jeune. En Allemagne, l’offensive de l’oligarchie porte sur la militarisation à marche forcée de l’économie et de la société, sur l’abandon total des normes environnementales et sur l’aggravation des conditions de travail pour propulser l’impérialisme allemand à la tête de l’UE. Sans parler de Trump qui terrorise et essaie de diviser les travailleurs et le peuple américain et lance des provocations économiques et militaires internationales pour enrichir toujours plus l’oligarchie étasunienne et essayer de masquer les difficultés grandissantes que subissent les travailleurs, la jeunesse, de son propre pays.

Il faut mettre la proposition du MEDEF en lien avec le «  besoin de main-d’œuvre  », notamment dans les usines du complexe militaroindustriel. Cela traduit la volonté de Macron, du gouvernement et du patronat, de forcer le passage vers «  l’économie de guerre  », dans le contexte des tensions internationales aiguës. Et c’est la jeunesse qui est plus particulièrement ciblée comme « chair à patrons et chair à canons ».

Dans les articles des derniers journaux, nous avons parlé de ces résistances qui s’organisent dans les entreprises qui licencient autour de l’idée qu’il faut faire payer le maximum, au patron. Cette exigence, qui se traduit notamment par des « supra légales » conséquentes s’appuie sur plusieurs aspects : le refus de consentir à une surexploitation accrue qui découle immanquablement du énième plan de « sauvegarde de l’emploi » ; l’aggravation de la paupérisation des travailleurs depuis des années et qui s’est encore accentuée depuis la période du covid ; la colère accumulée contre les patrons, quels qu’ils soient, qui poussent toujours plus l’exploitation, sans oublier le refus des travailleurs de lier leur sort à celui de « la marque » de l’entreprise… Ce sont ces exigences et ces positions de classe qu’il faut soutenir, encourager et faire connaître. ★


1. Voir La Forge de janvier, plusieurs articles sur cette question.