Un nouveau cycle de la lutte de classe 10 octobre 2025
Al’annonce du budget de F. Bayrou de 44 milliards d’économie, pour soi-disant faire face à la charge du poids de la dette, une vraie colère s’est emparée de larges secteurs de la classe ouvrière, des travailleurs, comme de la jeunesse. Avec les manifestations, les grèves, et les blocages du 10 septembre, qui se sont amplifiés pour atteindre plus d’un million de manifestants dans les rues, le 18 septembre, une nouvelle dynamique de la lutte de classe s’est engagée pour refuser cette politique de méga-austérité, mettant une très forte pression sur le pouvoir et le patronat.
Le 8 septembre, le Premier ministre, bien incapable de faire adopter son budget, mettait en scène sa démission. Dix jours auparavant, la Cgt avait rallié la date du 10 septembre, initialement portée par les réseaux sociaux, en écho à cette colère qui avait gagné les milieux ouvriers et populaires.
La coupe était pleine alors que le recul de l’âge du départ à la retraite à 64 ans ne passe toujours pas, que les salaires restent en berne, toujours grevés par l’inflation, que les conditions de travail ne cessent de se dégrader et que les plans de licenciements s’enchaînent les uns à la suite des autres.
Le 10 septembre, c’est un mouvement social certes hétérogène, buissonnant mais bien réel, avec une forte présence des syndicats comme celle de la Cgt et de Solidaires, qui a manifesté dans nombre de villes, souvent précédé par le blocage de lycées que les forces de l’ordre ont cherché à débloquer le plus vite possible. Tout ce potentiel de mobilisation s’est retrouvé le 18 septembre.
Le 18 septembre, à l’appel de l’intersyndicale (avec cette fois-ci la participation de Solidaires contrairement à la période de la lutte contre la réforme des retraites), d’autres catégories de travailleurs se sont agrégées à la mobilisation pour dénoncer ce budget de méga-austérité et le ras-le-bol de cette politique « probusiness » où les sacrifices sont toujours imposés aux mêmes afin de permettre aux plus riches d’être toujours plus riches sous prétexte de préserver la compétitivité ou, comme aujourd’hui, pour endiguer la dette.
Une des particularités de cette période, c’est la présence dans les manifestations de ces milliers de jeunes qui, bien souvent, ont donné le ton aux cortèges en stigmatisant cette politique et ce budget avec leurs slogans, leurs panneaux, leurs banderoles, leurs chants, y compris accompagnés de fanfares.
Autre élément que l’on retrouve dans de nombreux cortèges syndicaux, que ce soit à Paris ou dans d’autres villes, ce sont les banderoles et pas simplement au niveau de la CGT, qui font le lien entre ce budget de méga-austérité, qui va assécher les budgets sociaux, et l’augmentation des crédits pour l’armée. Des mots d’ordre que l’on retrouve aussi sur les pancartes brandies par les jeunes, que ce soit le 10, le 18 septembre, ou le 2 octobre.
Ce budget de méga-austérité et pour la guerre, une autre raison qui fait que ça ne passe pas ! Même si cette dénonciation du caractère militariste de ce futur budget et de cette politique d’austérité, au regard du nombre de banderoles est le fait encore d’un nombre limité de structures syndicales, cette dénonciation politique est largement partagée dans les rangs des manifestants.
Comme l’est aussi, sur un autre plan, le soutien au peuple palestinien.
Avec la contestation du caractère de classe de ce budget et de la violence qui accompagne cette politique, la critique de la société se fait plus incisive. Elle s’enracine. La question se pose de plus en plus en termes de « eux » et de « nous ». « Eux », cette minorité de riches et de super riches qui se goinfrent et le « nous », ceux qui ne cessent de trimer en étant de plus en plus mal rémunérés et qui doivent payer toujours plus pour la santé, le logement, l’énergie… ces fameuses dépenses dites incompressibles.
Cette approche critique est de plus en plus partagée par de larges secteurs qui se sont mobilisés notamment les 10, 18 septembre, comme le 2 octobre. Cette contestation sociale, qui n’a rien contre à ce que le système capitaliste soit dénoncé, bouscule tous les agendas et les partis politiques de gouvernement.
On le voit avec cette succession de Premiers ministres dans une période très rapprochée, comme aux difficultés (Bayrou avait parlé d’Himalaya !) pour les uns et les autres à trouver une majorité afin de faire adopter ce budget de méga-austérité ou son succédané. Car, il ne faut pas s’y tromper, derrière ces multiples conciliabules politiciens pour s’assurer une éventuelle majorité de fait ou de non-censure à l’Assemblée, ce sont d’abord cette mobilisation sociale et cette colère qui font pression.
On le voit aussi au niveau des directions syndicales. La direction de la CGT a été obligée de se rallier au 10 septembre et celle de la CFDT, deux ans après les mobilisations contre les 64 ans, est à nouveau obligée d’appeler ses structures et ses adhérents à descendre dans la rue, entraînant notamment la CFTC, l’UNSA… Suite à « l’ultimatum » posé par l’Intersyndicale au lendemain du 18, même si la mobilisation du 2 octobre n’a pas été de la même ampleur que celle du 18 septembre, elle a été néanmoins globalement du même ordre que celle du 10. L’élément nouveau, par contre, est le fait que les patrons, les grands patrons sont montés très fortement au créneau pour défendre bec et ongles leur prérogatives et celles de leurs actionnaires, et s’opposer à une taxe somme toute très, très modeste de 2 % sur leur patrimoine.
En intervenant de la sorte, avec tant de mépris et de cynisme dans le débat, ces grands patrons font de la question du budget un véritable enjeu de classe. Ils ont fait connaître leurs positions sur tous les tons à travers tout l’éventail des médias totalement à leur botte.
Dans ce contexte, s’engager dans une confrontation qui, nécessairement, est appelée à être de plus grande ampleur, sur la base de revendications totalement justes mais qui restent encore beaucoup trop générales, alors que le camp « d’en face » fait savoir qu’il ne bougera pas, a sans aucun doute pesé sur la participation aux mobilisations du 2 octobre. Comme a certainement joué le jeu du PS, qui n’en finit plus de surfer sur la contestation sociale.
Dans ce nouveau cycle de la lutte de classe, rien n’est encore écrit d’avance. Il faut continuer de dénoncer ce budget de méga-austérité, s’appuyer sur tout ce que l’on a pu faire avancer dans la période en termes de politisation et d’organisation, tout particulièrement dans les liens tissés avec la jeunesse.. ★
La colère est toujours là, contre la politique d’austérité que S. Lecornu a confirmé au terme de deux semaines de « concertation » à huis clos. Ce ne sont pas les « pistes » annoncées de dernière minute ce jeudi avant le départ de la manif comme le recyclage de la défiscalisation des heures supplé mentaires de Sarkozy (tout bénéfice pour les patrons, déficit accru pour la Sécu), la prime Macron ou celle d’allègements d’impôts pour les couples payés à peine au-dessus du Smic… qui font illusion. Ce sont surtout les militants qui ont répondu à l’appel du 2, et ça fait du monde entre Place d’Italie et Invalides ! Des cortèges fournis de la CGT, de la CFDT, où les discussions portaient sur « la suite » à donner pour amplifier la mobilisation. Il y avait un peu moins de jeunes mais quand ils et elles étaient présent,es, cela donne toujours une dynamique aux cortèges.
