Une guerre de plus en plus impopulaire 10 juin 2026
Le 3 juin, la Chambre américaine des représentants a adopté un texte « ordonnant le retrait des troupes américaines » dans la guerre d’agression déclenchée le 28 février par D. Trump contre l’Iran. Quatre députés républicains se sont joints aux démocrates pour ce vote. Un vote attendu après la résolution du Sénat allant dans le même sens, il y a quinze jours.
Comme à son habitude, Trump y a répondu par le mépris et des insultes à l’encontre des députés républicains, les traitant « d’opportunistes » et « d’antipatriotes ». Ecartés par Trump au profit d’un autre candidat républicain lors des primaires pour les prochaines élections, ceux-ci n’ont effectivement plus rien à perdre et règlent leurs comptes.
Les médias parlent d’un nouveau camouflet pour Donald Trump, embourbé dans une guerre de plus en plus impopulaire, et d’une décision le fragilisant un peu plus à l’approche des élections de mi-mandat.
Peut-être, mais en attendant, c’est toujours lui qui est à la manœuvre, d’autant que ce vote reste symbolique, en raison du droit de veto du président américain.
Ceci dit, Trump aimerait bien en finir avec cette guerre qu’il a déclenchée avec Israël, et dont les objectifs sont de moins en moins clairs, avec des conséquences par contre bien concrètes sur son propre électorat dont une partie ne comprend pas pourquoi les Etats-Unis se sont engagés dans cette guerre et qui entraîne une hausse des prix de l’énergie.
Trump justifie la non-consultation du Congrès par l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril. Pour lui, il n’y a plus de guerre mais des négociations. Encore f a u d r a i t – i l que celles-ci ne traînent pas trop en longueur et qu’elles aboutissent à un accord minimal avec l’Iran qui lui permette de sortir du bourbier iranien.
Il proclame tous les deux jours que les négociations avancent tout en maintenant une pression militaire constante sur l’Iran pour l’obliger à négocier sur ses bases. Or, les discussions actuellement en cours patinent, les Américains continuant à faire pression sur la question du nucléaire quand pour les Iraniens la priorité c’est le pétrole, les sanctions et l’arrêt de la guerre d’Israël contre le Hezbollah libanais. Dans ce bras de fer, les deux parties utilisent le blocage du détroit d’Ormuz à leurs propres fins, les Américains pour étouffer économiquement l’Iran en le privant de débouchés, les Iraniens en frappant les monarchies du Golfe alliées des Etats-Unis, pour faire pression sur ces derniers. Les effets économiques de cette guerre qui s’installent au plan international font apparaître l’impérialisme US comme le principal responsable du blocage du détroit d’Ormuz.
Les pays du Golfe alliés des USA prennent leur distance
Même affaibli, le régime iranien a encore les moyens de porter des coups suffisamment forts pour obliger les dirigeants étasuniens à continuer à négocier. Il sait que Trump veut en finir et il joue la montre, tout en renforçant le contrôle de la population et en maintenant la répression de toute contestation. Ces derniers jours ont été marqués par une recrudescence d’attaques par les deux parties, chaque attaque faisant craindre une riposte plus importante de la partie adverse et une reprise de la guerre. Les Etats-Unis bombardent régulièrement des rampes de lancement de missiles, des bases et des infrastructures militaires iraniennes.
L’Iran, de son côté, continue de cibler les bases et infrastructures militaires US installées dans les pays du Golfe et les infrastructures économiques, notamment pétrolières et gazières, de ces pays alliés des Etats-Unis. Les monarchies du Golfe se retrouvent aujourd’hui piégées dans un conflit qu’il leur a été imposé par Israël et les Etats-Unis pour leurs propres intérêts.
Le régime iranien mène une intense activité diplomatique vis-à-vis d’Oman, du Qatar et de l’Arabie saoudite, celle-ci entendant aussi jouer un rôle de médiateur dans le conflit aux côtés d’Oman.
Une prise de distance qui inquiète Trump. Ce n’est pas un hasard si sa deuxième initiative diplomatique après son voyage à Pékin, concerne les Etats du Golfe : Trump a enjoint l’Arabie saoudite et le Qatar de signer les accords d’Abraham, qu’il avait poussés lors de son premier mandat, pour « normaliser leurs relations » avec Israël. Si les Emirats arabes unis (signataires de ces accords dès 2020), ont bombardé l’Iran aux côtés d’Israël, avec lequel ils ont des liens toujours plus étroits, la monarchie saoudienne, qui a de multiples divergences avec les EAU, dit ne pas être intéressée. Autrement dit, l’injonction de Trump tombe à plat. Une situation qui rend encore plus incertaine une fin rapide de cette guerre et qui laisse les mains libres aux dirigeants de l’Etat sioniste pour étendre la guerre au Liban et renforcer son emprise régionale. ★
