Parti Communiste des Ouvriers de France

Zyed et Bouna, on ne vous oublie pas !
12 novembre 2025

Il y a vingt ans, le 27 octobre 2005, trois jeunes rentrent d’un match de foot. Ils n’ont pas leurs papiers sur eux et tentent d’échapper à un contrôle de police à Clichy-sous-Bois.

Poursuivis, ils se réfugient dans un transformateur EDF. Deux des jeunes, Zyed et Bouna, vont mourir électrocutés. La colère explose, d’abord sur la ville, et 21 jours d’émeutes s’en suivront, dans 500 communes de toute la France. Soutenant mordicus la version de la police, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, prétend que les deux jeunes sont des voleurs.

Les manifestations seront violemment réprimées, et l’état d’urgence est instauré, le premier depuis la guerre d’Algérie. Des centaines de jeunes sont arrêtés et condamnés, et les policiers, eux, seront relaxés, dix ans après. La réaction, relayée par la grande presse, n’a cessé d’accuser les jeunes victimes. Ces événements graves se sont déroulés deux jours après la visite de Sarkozy sur la dalle d’Argenteuil, où il s’était exclamé qu’il allait « débarrasser » la cité de « cette bande de racailles », quelques mois après s’être vanté d’aller nettoyer les cités au « Karcher ».

De là datent aussi les dénonciations des violences et de l’impunité policières, du racisme, des discriminations qui frappent les jeunes.

Depuis, il y a eu d’autres émeutes des banlieues, plus limitées, qui sont revenues rappeler que les banlieues et les cités populaires étaient les grandes «  oubliées  » des politiques publiques. Des engagements ont été pris, pour lutter contre les discriminations dont sont victimes les habitants, très vite oubliés.

Le 27 juin 2023, à Nanterre, Nahel Merzouk, 17 ans, est tué d’une balle tirée à bout portant par un policier à moto qui contrôlait le véhicule qu’il conduisait. Une vidéo circule, où le policier lance « Tu vas te prendre une balle dans la tête  », coupant court aux allégations d’autodéfense de la police. La colère des jeunes des quartiers va enflammer pendant plusieurs jours les cités populaires y compris dans les villes moyennes  : attaques de locaux de police, de bâtiments publics, de magasins… La criminalisation des jeunes des quartiers a été intense. Un vaste mouvement de solidarité s’est développé dans la société pour dénoncer le racisme systémique, les violences et l’impunité policières et l’abandon des quartiers populaires. Ces questions se sont imposées dans la lutte politique générale.

Depuis, la situation n’a guère changé dans les cités et quartiers populaires.

Si quelques moyens ont été débloqués pour la rénovation urbaine, les différents problèmes de la population et en particulier de la jeunesse de ces quartiers n’ont pas été pris en compte. Les politiques suivies depuis, par Hollande et Macron, ont continué de creuser les inégalités sociales.

Aujourd’hui, les budgets austéritaires frappent durement les populations les plus précarisées, femmes, jeunes, travailleurs migrants, salariés peu qualifiés, étudiants pauvres. La disparition des services publics de base n’a fait qu’aggraver la situation.

Comme il y a vingt ans, les jeunes des cités sont désignés comme des voyous, des délinquants qu’il convient de réprimer. Au racisme s’ajoutent les propos « islamophobes ».

Après les révoltes liées au meurtre de Nahel, la réponse des gouvernements est essentiellement répressive : Attal veut « responsabiliser les parents de jeunes délinquants  » avec de nouvelles sanctions – travail d’intérêt général, amende, remboursement des dommages causés par l’enfant. Il propose de «  créer une procédure de comparution immédiate pour les mineurs » , de rendre exceptionnelle « l’atténuation de peine » au-delà de 16 ans en cas de récidive, attaquant «  l’excuse de minorité  » dont bénéficient les mineurs, projet de loi au final censuré par le Conseil constitutionnel.

Borne envisagera, elle, des stages de responsabilité parentale pour lutter contre la «  démission  » de certains parents. Mais qui est démissionnaire, sinon l’Etat ?

Depuis les gouvernements Barnier, Bayrou, Lecornu, les quartiers populaires ont disparu des priorités gouvernementales. Ils ne sont traités que comme des lieux de deal et de règlements de comptes entre bandes, à gros renforts de policiers. Mais cela n’empêche pas les jeunes de dénoncer l’injustice sociale, de manifester leur solidarité avec le peuple palestinien, de continuer à dénoncer les crimes racistes et la violence policière. ★