Parti Communiste des Ouvriers de France

Kanaky : Une délégation « transpartisane » sans la principale force représentée au Congrès
08 septembre 2026

Depuis les élections provinciales, les forces anti-indépendantistes font le forcing pour verrouiller au maximum les principales instances de décision en monopolisant les postes-clés et en écartant les élus du FLNKS. Elles ont rapidement conclu une alliance – un «  pacte de gouvernance  »  – avec le groupe «  l’Eveil Océanien » (4 élus), pour faire pencher la balance électorale du côté antiindépendantistes, pourtant devancés numériquement par les forces indépendantistes. C’est ainsi que la candidate anti-indépendantiste, V. Ruffenach (Le Rassemblement) a été élue présidente du congrès, dès le premier tour. Puis, ce fut le tour de l’élection du président du 19 e gouvernement de 11 membres, avec l’élection du chef de file de l’Eveil Océanien, Milakulo Tukumuli, à une voix près, devant le candidat des forces indépendantistes, Gilbert Tyuienon. A cette occasion, la pratique du « gouvernement collégial », consistant à désigner le chef de file de l’opposition au poste de viceprésident du gouvernement a été abandonnée  : c’est un représentant des Loyalistes qui occupe cette fonction, avec un vaste domaine de compétences. « L’esprit de l’accord de Nouméa qui prévalait, à savoir une présidence majoritaire et la vice-présidence à l’opposition, n’est pas au rendez-vous », a commenté Juanito Wamytan, du FLNKS. M.  Tukumuli, qui concentre entre ses mains également plusieurs compétences, a immédiatement tracé l’orientation du nouveau gouvernement  : «  sortir le pays de l’ornière  », ce à quoi Lecornu a répondu que « l’Etat sera au rendez-vous » et qu’il apportera « son soutien à la refondation économique et sociale », en insistant sur « l’urgence des réformes, de la reconstruction économique, de l’amélioration du quotidien et d’une attention particulière à la jeunesse ».

La délégation « transpartisane » à la recherche de milliards de francs

Le FLNKS n’a été associé à aucune discussion préparatoire de cette délégation qui a séjourné du 1er au 5 septembre à Paris. Ses membres ont enchaîné les rencontres : Sénat, Lecornu, ministres et, pour finir, Macron.

Sur le fond, à savoir la gravité de la situation économique et sociale, la paupérisation des familles kanak qui s’emballe, le niveau du chômage toujours plus élevé, notamment chez les jeunes…, il ne s’agit évidemment pas de nier ces réalités et l’urgence des aides de l’Etat colonial, mais il faut discuter des priorités à mettre en avant, des financements à négocier – surtout pas de « prêts » qui plombent l’économie pour des années  –, des réformes sociales à engager.

Les annonces de Lecornu de plusieurs milliards de Francs Pacifiques de subventions ont permis à la délégation de dire que la fin de l’année était assurée sur le plan des finances et que 2027 s’annonçait positivement ; Ruffenach parle de 90 % des demandes satisfaites.

On peut se poser la question de la pertinence de cette démarche tant les chiffres, les déclarations et les engagements pris –  par un gouvernement qui aligne par ailleurs les milliards d’économies à réaliser – étaient connus avant la venue de la délégation (par ailleurs une opération coûteuse pour les finances du Congrès). C’est une opération politique destinée à légitimer la coalition anti-indépendantiste qui gère le congrès, à essayer de marginaliser le FLNKS et à faire progresser les plans économiques néolibéraux de la puissance coloniale, notamment dans le domaine des réformes drastiques concernant les caisses de retraite, de l’assurance maladie, inspirées de ce que les gouvernements qui se sont succédé ont fait en France. Ne manquent pas non plus les avantages financiers et fiscaux, les allègements de charges… à destination des investisseurs intéressés par la NouvelleCalédonie. Sans oublier l’exploitation et la commercialisation du nickel.

Macron s’est engagé à présenter avant la fin septembre, un plan de reprise des trois usines, par des monopoles chinois, indiens, émiratis… un projet qui satisfait les Ruffenach et autres anti-indépendantistes qui cherchent à enterrer définitivement le projet du mouvement indépendantiste autour de l’Usine du Nord et son refus de faire de la Kanaky un simple exportateur de matières premières.

C’est à cette aune qu’il faut mesurer les déclarations de Lecornu sur « on n’engage pas de discussions sur l’avenir institutionnel »  : on fait passer tout ce qui est nécessaire à relancer l’économie et on tourne la page des accords de Nouméa et de la marche vers l’indépendance, en appuyant les forces coloniales qui gèrent une grande partie de l’économie. ★